Quel avenir pour l’élevage français ?

Quel avenir pour l’élevage français ?

Devant faire face à des difficultés d’économies d’échelle, et des normes strictes, l’agriculture française doit se renouveler si elle ne veut pas poursuivre son déclin. Pour Pierre André Buigues, professeur à Toulouse Business School et ancien conseiller économique à la Commission européenne, deux scénarios s’offrent désormais aux agriculteurs.

(Crédits : Capture d'écran / Forum Air Paris) (Crédits : DR)

En dépit des aides publiques importantes dont bénéficie la filière viande française, elle perd pieds face aux autres pays européens de la PAC qui sont aussi pour la plupart sont dans l’euro. C’est le marché européen qui explique l’essentiel de la dégradation des positions françaises, pas la mondialisation, le coupable habituel. En 10 ans entre 2002 et 2012, la part de marché mondiale de la filière viande française est passée de 8 % en 2002 à 5 % en 2012, 3 points de moins alors que l’Allemagne gagnait des parts de marché. Sur une même période de 10 ans la France a vu sa part de marché dans l’aéronautique mondiale augmenter de 8 points.

Dans toutes les filière, volaille, porc ou bovin, l’élevage français est en difficulté par rapport à ses concurrents européens. En 2009, l’Allemagne et les Pays-Bas exportaient deux fois plus de viande que la France (6,1 milliards d’euros contre 3) et même les exportations danoises dépassaient celles de la France.

Compétitivité

Quelles sont les principales raisons de ce déclin ? Comment expliquer cette forte dégradation du commerce de la viande française ? Nous retiendrons ici deux des principales causes de ce déclin. Une taille des exploitations inférieure à celles des concurrents européens d’où des économies d’échelle insuffisantes et des coûts de main d’œuvre supérieurs.

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La France a toujours soutenu l’agriculture familiale mais les marchés internationaux de la viande sont surtout des marchés de volume où le prix est le critère déterminant. Contrairement au marché domestique français où la qualité mesurée par des labels (label rouge, fermier) constitue un avantage compétitif, à l’international le prix est déterminant. Alors que l’Allemagne se positionne sur des produits bon marché et standardisés et a une image « industrielle » pour les produits carnés, la France a une image « gastronome » de produits chers. Malheureusement, à ce stade de développement du marché international de la viande dont la croissance est portée par les marchés émergents, il y a peu d’intérêt pour la qualité. Le coût est donc la variable stratégique du succès sur les marchés internationaux.

Economies d’échelle

Or, les économies d’échelle sont déterminantes pour une forte productivité de la filière viande. Le procès fait en France à la seule ferme des mille vaches qui est ultramoderne avec une installation géante qui transforme la bouse en énergie montre que l’opinion française est hostile à l’industrialisation de l’élevage. Il y aurait en Allemagne, plus de 200 unités qui dépassent le millier de têtes.

Avec une taille d’exploitation qui ne permet pas d’économie d’échelle et avec des coûts de main d’œuvre supérieur à certains de ses concurrents européens, l’élevage français est en difficulté. Le coût de la main-d’œuvre est un poste de dépenses important.

Normes

Autre raison qui explique ce déclin, une avalanche de normes coûteuses et une surrèglementation par rapport aux normes européennes. Les réglementations environnementales sont absolument nécessaires mais la complexité des normes et leur changement trop fréquent constituent un facteur incontestable des difficultés économiques de la filière viande française.

Quelquefois incompréhensible pour de petits éleveurs, ces normes impliquent une charge administrative très lourde. Un rapport du Sénat chiffre, en moyenne à 15 heures par semaine le travail de bureau de l’agriculteur.

Par ailleurs, comme le souligne le rapport du Sénat, les seuils retenus pour la nomenclature des installations classées en élevage sont plus bas chez nous que les seuils européens et quelquefois les textes européens ne prévoient pas de seuil, contrairement à la France.

Quel avenir pour l’élevage français ?

L’Europe agricole n’est plus seulement un espace régulé par la PAC mais un espace de concurrence par les prix et la compétitivité. L’élevage français n’a plus le choix, deux options existent.

Dans le premier cas, celle du développement d’un élevage orienté vers la qualité, il lui faut trouver des débouchés pour une production haut de gamme avec des labels forts à l’exportation qui permettent à de petites exploitations faisant le choix de la qualité de survivre avec des prix élevés. On peut être sceptique sur ce scénario à court terme, étant donné la nature de la demande mondiale mais à moyen terme, ce scénario « haut de gamme » peut sauver l’élevage français. Le modèle est celui des fromages français où la France est spécialisée dans les produits d’origine protégé alors que les concurrents sont plutôt positionnés sur des fromages d’entrée de gamme. Ces AOP françaises ont des prix deux fois supérieurs aux concurrents. Ce scénario suppose une organisation de la filière avec des efforts considérables dans le marketing et les réseaux de distribution à l’international.

Dans le second cas, celle du développement d’un élevage intensif à bas coût. L’avenir passe par des restructurations lourdes avec une consolidation du secteur, le dépôt de bilan de très nombreux élevages et l’acceptation d’un élevage intensif. Les fermes de mille vaches doivent être encouragées avec un couplage en production d’énergie verte. Des investissements massifs sont nécessaires pour des installations ultra modernes automatisées.

En dehors de ces deux scénarios, si les tendances à l’œuvre se poursuivent, le scénario le plus probable est celui d’un déclin de l’élevage français dans le prolongement des quinze dernières années avec des faillites nombreuses quelle que soit la filière et une baisse des parts de marché à l’exportation.

Source

LA tribune

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