QUAND LES INVENDUS ARRIVENT À BONS PORCS

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A la Ferme des 4 étoiles dans les Yvelines, les porcs de Jean-Baptiste Galloo sont nourris aux invendus du supermarché voisin. Donner de la confiture à des cochons n’a jamais été aussi écologiquement bon.

 

 

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Il y a des jours où l’on se verrait bien dans le rôle de Miss Piggy à la ferme. En ce début d’été par exemple, à la Ferme des 4 étoiles qui n’a jamais aussi bien porté son nom.  Il est midi, Jean-Baptiste, gentleman-éleveur  arrive les bras chargés de victuailles devant la maison de ses petits cochons faite d’un lit de paille et d’une vue sur le reste de la ferme. Ca sent bon la menthe, les fruits rouges, dans les caisses, il y a aussi des mangues, des bananes, des éclairs au chocolat.

 

Plateau dessert pour cochons gâtés.

Jean-Baptiste enlève les emballages, « c’est fou tout ces blisters  et ces portions individuelles », défait les élastiques, ouvre les couvercles et jette à la volée les marchandises. Ambiance food fight des grands soirs. Les cochons accourent, se prennent une feuille de salade sur la tête, épluchent les bananes avec les pieds, font des grouiks et des grounfs. « Je commence par le salé parce qu’ils sont très gourmands, vous allez voir quand on va passer au chocolat… » Effectivement, quand l’éleveur se saisit d’une crème dessert ou d’un financier, les règles de la bienséance ne sont plus de ce monde. Si Spider cochon avait été là, il aurait tout raflé.

« Il y a toujours beaucoup d’herbes fraîches, nos cochons sont déjà pré-persillés, » s’amuse Jean-Baptiste

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Ce menu d’exception vient du Leclerc de Rambouillet, à quelques sauts de biches de là.  Il y a quelques mois, son gestionnaire Laurent Gherardi  et Jean-Baptiste Galloo passent un marché gagnant-gagnant. « Nous avons reçu la certification Afnor pour la qualité de nos services, explique Laurent. Outre un accueil irréprochable, cette certification exige que les produits frais soient sortis des rayons trois jours avant leur date limite de péremption. »

Le ministère en charge de l’écologie estime à 7,1 millions de tonnes par an le nombre de vivres gaspillées chaque année dont 11% imputables au commerce et à la distribution.

Le gestionnaire aurait pu se contenter de jeter les invendus à la poubelle comme le font la plupart de ses homologues mais ce n’est pas vraiment le style de la maison.  « Depuis 3 ans, nous trions tous nos déchets. 80% partent au recyclage. Les produits secs sont donnés aux associations caritatives qui n’ont pas de frigo. Et depuis quelques mois, fruits, légumes, crèmerie, pain et pâtisserie sont offerts aux cochons de la Ferme des 4 étoiles. »

 

Leclerc a acheté deux camionnettes comme celle-ci pour récupérer chaque jour les invendus.

L’Assemblée nationale a voté jeudi 21 mai 2015 à l’unanimité des mesures contre le gaspillage alimentaire, destinées à empêcher les grandes surfaces de jeter de la nourriture.

Concrètement, l’accord est très simple. Leclerc achète le dispositif de collecte, soit deux remorques, prépare quotidiennement le lot d’invendus (plusieurs centaines de kilos) quand Jean-Baptiste se charge d’élever ses 72  porcs. « Avec ce système, je fais des économies sur la nourriture,explique l’éleveur, mais j’ai besoin d’une main d’oeuvre plus importante. Ca prend du temps d’ouvrir les emballages, de trier, de donner à manger mais ça créé de l’emploi. A l’heure de la crise du lait, c’est un débouché intéressant pour ma ferme. »

Du côté des restaurateurs, on se félicite aussi. Christophe Cornier chef de l’auberge de l’Elan, un restaurant gastronomique de la région, n’a pas assez de qualificatifs pour décrire ces cochons qui luttent contre le gaspillage alimentaire. « C’est fa-bu-leux. La viande n’est pas trop grasse, tendre, goûteuse, elle se tient bien et ne rétrécit pas à la cuisson. C’est vraiment un produit d’exception. »

 

cochon OK

 

Il reste encore quelques semaines pour que les porcelets atteignent 8 mois et 140 kilos. Là, ils prendront l’inéluctable chemin de l’abattoir de Houdan qui les conduira à la case jambon. Les Rambolitains les retrouveront alors dans le rayon boucherie de leur magasin. Jarrets, saucisses, rillettes… : du 100% local, garanti anti-gaspi et 4 étoiles.

Quant à moi, c’est à ce moment précis de l’histoire que je me féliciterais de ne pas être Miss Piggy.

Source

OUI-la-ruche-qui-dit-oui