L’élevage extensif du Massif central est lui aussi touché par la crise.

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Par Sylvie Jolivet

Les éleveurs de vaches Salers, Limousines et Aubrac ont du mal à valoriser leurs viandes de qualité et sont inquiets de la faiblesse des pluies depuis le début du mois de juillet.

Les éleveurs Normands ne sont pas les seuls à crier au secours. Le Massif central, qui fournit près de 30% de la production française de races à viandes connaît lui aussi une situation d’impasse, aggravée par une situation de sécheresse depuis le début du mois de juillet.« Nos exploitations étant moins diversifiées, nous sommes plus frappés par la crise », martèle Pascal Lerousseau, éleveur sur le plateau de Millevaches (Creuse) et coordinateur des races à viande à la FRSEA du Massif central. Berceau des races bovines sélectionnées sur leurs caractéristiques bouchères, Charolaises, Limousine, Aubrac, Salers, la région a produit selon les derniers chiffres officiels 1,8 million de vaches nourrices. Des mères dont le lait est utilisé pour la nourriture de leurs veaux. Soit 43% de l’effectif national. Elles ont donné naissance à plus de 2 millions de veaux. Le quart des exploitations agricoles du Massif central – près de 45% en Limousin – se consacre entièrement à cette activité (contre 10% en France). Le contexte agronomique de ce territoire laisse en effet peu d’alternatives.

Disparition des boucheries traditionnelles

Les débouchés sont assurés par des circuits traditionnels (chevillards et bouchers) et des industriels se sont développés avec la croissance des ventes en grande distribution de produits de races à viande. De grands groupes – Bigard-Socopa et Arcadie Sud-Ouest – cohabitent avec des PME coopératives ou privées de deuxième voire de troisième transformation et de nombreux petits abattoirs. Alors qu’au début des années 2010 un peu plus des deux tiers de la viande étaient vendus en boucheries ou dans les segments supérieurs de la grande distribution, cette proportion s’est, selon Pascal Lerousseau, amoindrie au rythme de la disparition des boucheries traditionnelles. Et les signes de qualité, dont les labels rouges, ne jouent plus leur rôle d’amortisseurs : « En raison de la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs, nos viandes, malgré leur qualité, sont noyées dans un ensemble qui ne les valorise plus », constate le responsable agricole qui indique : « Aux prix actuels, il nous manque 60 à 80 centimes d’euros par kilo de carcasse pour couvrir nos coûts de production. Les prix sont comparables à ceux pratiqués il y a une trentaine d’années alors que les coûts ont augmenté. Les exploitations produisant des bovins maigres (vendus à d’autres qui les engraissent) sont proportionnellement plus nombreuses dans le Massif central qu’en France. L’Italie est le principal débouché pour les veaux et, pour cette commercialisation, la filière a créé des structures très concentrées et de taille importante. «L’Italie anticipe le fait qu’en raison de la sécheresse les éleveurs vont décapitaliser car ils n’ont pas les moyens d’acheter du fourrage », déplore Pascal Lerousseau.

Par Sylvie Jolivet

Source
lesechosFR