Le Brésil et le Canada sont au premier plan de la croissance future dans le secteur agricole

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Le Brésil et le Canada sont au premier plan de la croissance future dans le secteur agricole

Aperçu

  • Le Canada et le Brésil sont en concurrence directe sur les marchés du porc, du bœuf, des céréales et des oléagineux.
  • La production bovine canadienne pourrait suivre le rythme de la production brésilienne.
  • Les innovations technologiques se traduiront par des rendements de culture accrus au Brésil. Au Canada, les superficies récoltées pourraient s’accroître de 10 %.
  • La croissance de la productivité doit être en phase avec les objectifs du Brésil en matière de lutte contre la pauvreté et les inégalités, ainsi qu’avec ses pratiques environnementales durables.

La concurrence sur les marchés agricoles mondiaux est féroce, en particulier de la part des pays en développement, où la croissance économique et la modernisation des infrastructures améliorent les perspectives de production. Mais grâce à l’innovation et à la productivité, le Canada peut conserver le titre de premier exportateur de produits agricoles au monde.

Le Brésil est une grande puissance à surveiller en raison de son potentiel agricole énorme. L’économie brésilienne met toutefois un frein à la croissance de la production de marchandises agricoles. Néanmoins, ce pays est déjà le deuxième exportateur en importance de produits agricoles, de même que le plus important fournisseur de sucre, de jus d’orange, de café et de soja au monde.

Les perspectives agricoles 2015-2024 de la FAO et de l’OCDE sont positives . Le Canada et le Brésil sont en concurrence directe sur les marchés du porc, du bœuf, des céréales et des oléagineux. Toutefois, de nombreux facteurs distinguent ces deux pays.

La performance macroéconomique du Brésil et la cadence des réformes structurelles feront en sorte de concrétiser ou non les projections ambitieuses de la FAO et de l’OCDE concernant la croissance du secteur agricole.

La croissance du marché mondial de la viande rouge est phénoménale

La demande de protéines animales devrait s’accroître de 16 % au cours des 10 prochaines années; elle proviendra essentiellement des marchés émergents. Le Brésil devrait être capable de répondre à la demande grandissante. Par exemple, la production brésilienne de bœuf devrait augmenter de 16 % d’ici 2024.

L’accroissement de la production de viande au Brésil résultera d’améliorations du matériel génétique animal et de l’efficience alimentaire, ainsi que d’une gestion plus judicieuse des plantes fourragères. Les prix des animaux d’élevage sur le marché intérieur du Brésil ont toujours été plus instables qu’au Canada. Une stabilisation des prix sera indispensable à la croissance de la production brésilienne.

Les débouchés sont aussi nombreux pour les éleveurs canadiens de bovins . La production bovine canadienne pourrait suivre le rythme de la production brésilienne et même progresser de 15 %, selon la FAO et l’OCDE. Pour ce faire, les éleveurs de bovins canadiens devront parvenir à agrandir leur cheptel.

Par ailleurs, la production brésilienne de porc devrait s’accroître de 22 % au cours des 10 prochaines années, et les stocks répondront essentiellement à la demande du marché intérieur. Par contraste, la production canadienne devrait augmenter de 6 %, mais les volumes de production actuels dépassent nettement ceux du Brésil, et la plus grande partie de la production supplémentaire sera vendue sur le marché mondial.

Le potentiel de récolte du Brésil est énorme
L’amélioration du rendement et l’augmentation des superficies cultivées sont porteuses de promesses. Au cours des 10 prochaines années, la superficie devrait s’accroître de 13 % au Brésil. Le soja demeurera la culture prédominante et occupera la moitié de la superficie cultivée.

Les innovations technologiques se traduiront par des rendements accrus, tandis que l’amélioration des infrastructures permettra de réduire les pertes subies durant le transport. Par comparaison, les superficies récoltées au Canada pourraient s’accroître de 10 %.

La production d’oléagineux est stimulée par la demande vigoureuse de tourteau de protéines
En 2013, le Brésil a ravi aux États-Unis le titre de premier fournisseur de soja au monde. La production d’oléagineux devrait progresser de 23 % au cours des 10 prochaines années, et la totalité de la production supplémentaire sera exportée en raison de l’appétit insatiable de la Chine pour le soja.

En plus de la demande de tourteau de protéines stimulant la demande de soja, les prévisions à long terme laissent entrevoir une demande accrue d’huile végétale. Et la demande d’huiles saines comme l’huile de canola pourrait augmenter encore plus vite. La FAO et l’OCDE prévoient une progression de 10 % de la production canadienne d’oléagineux au cours des 10 prochaines années, hausse qui résultera uniquement d’une augmentation des rendements. En fait, la superficie canadienne consacrée au canola devrait diminuer légèrement en raison de l’intensification de la concurrence pour les terres dans l’Ouest canadien.

La croissance de la production de céréales secondaires est imputable uniquement à des améliorations du rendement
La production de céréales secondaires et de canne à sucre au Brésil devrait croître de 11 % au cours des 10 prochaines années. La production accrue de céréales secondaires favorisera l’expansion du secteur de l’élevage, tandis que celle de canne à sucre stimulera la croissance du secteur de l’éthanol.

Fait intéressant, la production canadienne de céréales secondaires devrait progresser de 26 % au cours de la même période. Cette croissance proviendra de gains de productivité et de l’accroissement de la superficie consacrée aux céréales secondaires. Le débat sur la répartition des acres au Canada est loin d’être réglé!

L’économie brésilienne doit surmonter d’importants obstacles à la croissance de la productivité 
La croissance de la productivité doit être en phase avec les objectifs du Brésil en matière de lutte contre la pauvreté et les inégalités, ainsi qu’avec ses pratiques environnementales durables. Malgré une nette régression de la pauvreté, le Brésil affiche toujours l’une des répartitions des revenus les plus inégales au monde. La croissance du PIB demeure entravée par la faiblesse des infrastructures, par un système fiscal inefficace, par la lourdeur des procédures administratives et par une population peu scolarisée et peu qualifiée.

La performance macroéconomique du Brésil et la cadence des réformes structurelles feront en sorte de concrétiser ou non les projections ambitieuses de la FAO et de l’OCDE concernant la croissance du secteur agricole. Nous ne devons pas oublier que des facteurs externes, notamment la demande d’importation de céréales et d’oléagineux de la part de la Chine, auront aussi une incidence cruciale.

Les perspectives agricoles de la FAO et de l’OCDE demeurent extrêmement positives. L’intensification de la concurrence exercée par des pays comme le Brésil met au défi le Canada de demeurer l’un des pays exportateurs de produits agricoles les plus dignes de confiance. Cependant, les producteurs canadiens ont toujours su bien s’adapter à l’évolution de la conjoncture du marché. L’innovation contribuera à renforcer notre position de chef de file vis-à-vis de la concurrence grandissante.

Jean-Philippe Gervais, économiste agricole en chef

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