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Ouvrier en abattoir, je voudrais que la pénibilité de mon travail soit vraiment reconnue

LE PLUS. Jean-Luc Souvestre a 50 ans. Depuis plusieurs dizaines d’années, il travaille dans un abattoir de Vitré où sont débités 500 bovins et 1400 agneaux par jour. Dans “Saigneurs”, le documentaire de Raphaël Girardot et Vincent Gaullier sorti le 1er mars, il apparaît avec ses collègues, partagé entre la fierté de faire ce métier et une souffrance physique qu’il devient difficile d’ignorer.

Bande-annonce officielle SAIGNEURS

Je m’appelle Jean-Luc Souvestre, j’ai 50 ans et je suis rentré à l’abattoir de Vitré il y a 33 ans. À 18 ans, juste après mes études, j’ai envoyé un CV. J’ai été pris parce que mes parents, éleveurs tous les deux, livraient déjà des bêtes à l’abattoir. J’ai démarré trois jours après. À l’époque, il fallait faire ses preuves et la sélection était rude.

À l’inverse d’aujourd’hui, on commençait par le poste le plus dur et le plus dangereux, à savoir l’affalage : on récupérait les bêtes juste après la mise à mort, avec tout ce que ça sous-entend en termes de réactions post-mortem. On se prenait beaucoup de coups. Si tu tenais le choc à l’affalage, les responsables étaient sûrs que tu pourrais tout faire par la suite.

33 ans plus tard, je suis polyvalent et je tourne un peu sur tous les postes, de la dépouille au dégraissage, aussi bien auprès des agneaux, des veaux, que des bovins. J’aime bien ça parce que même si c’est du travail à la chaîne, ça permet de rompre un peu la monotonie.

L’omerta autour des conditions de travail dans les abattoirs

Quand les caméras de Vincent et Raphaël sont venus à l’abattoir, mes collègues et moi, on s’est tous un peu méfiés. Si la direction leur avait donné l’autorisation de venir filmer, on se disait qu’il devait y avoir une entourloupe quelque part et qu’ils ne finiraient par montrer que de belles images pour ne faire peur à personne.

Au fil des mois, on a commencé à les trouver sympas : ils venaient tous les matins à 5h45 à l’embauche, on sentait bien qu’ils n’étaient pas là pour faire de l’esbrouffe.

Historiquement, il y a une chape de plomb sur ce métier : pour pouvoir vendre de la viande, il faut éviter de montrer des images sanglantes, de raconter la mort des bêtes, etc. Il faut maintenir le consommateur dans une certaine naïveté. Pourtant, une certaine confiance s’est installée entre nous, les langues se sont peu à peu libérées, ce qui est plutôt rare chez nous.

On se plaint très peu malgré les problèmes physiques

Moi, avec l’expérience, j’ai un peu oublié que c’est un métier plus dur que beaucoup d’autres, que la profession casse du bonhomme, que beaucoup souffrent des épaules, du dos, des articulations des mains, etc. Mais en même temps, ça me gêne de dire ça parce que ce que je fais, ce n’est certainement pas aussi dur qu’être urgentiste, médecin, infirmière ou que de bosser dans une maison de retraite.

À l’abattoir, on est dans un monde un peu macho, on ne montre pas ce qu’on ressent, on se plaint très peu. Et en même temps, il ne faut pas trop écouter son corps parce que sinon, on s’arrêterait au bout d’une heure à cause des douleurs.

 

L’affiche du documentaire « Saigneurs », réalisé par Raphaël Girardot et Vincent Gaullier (DR).

On s’habitue à avoir mal. Personnellement, je souffre de problèmes de dos. J’ai dû avaler des quantités astronomiques d’anti-inflammatoires et ça me cause de gros soucis de santé aujourd’hui, à cause des effets secondaires. Je me suis aussi foutu un genou en l’air après avoir chuté d’une passerelle. Pour d’autres de mes collègues, ce sont les épaules, les doigts ou les coudes qui trinquent. En fait, c’est surtout le haut du corps qui fait mal.

C’est difficile pour les plus jeunes

Pourtant, depuis que je suis arrivé, les conditions de travail se sont améliorées. Il faut le reconnaître. Avant, on n’avait pas de passerelles élévatrices (des plateformes qui permettent d’arpenter verticalement le corps de la bête, ndlr), il fallait constamment se plier, se redresser. C’était plus éprouvant, mais on avait aussi des physiques qui allaient avec le métier.

Au début, mes collègues étaient tous plus ou moins issus du milieu agricole, on avait des carrures parce qu’on aidait souvent nos parents. Aussi, on savait ce que c’était que les bêtes. On n’était pas effrayé à l’idée d’égorger un lapin ou de tuer une poule, c’était comme ça. En tout cas, moi, ça ne m’a jamais choqué.

En revanche, je sais que mes enfants seraient incapables de faire ce que je fais. Comme beaucoup de monde, ils n’ont pas vraiment conscience de ce qu’il faut faire pour manger de la viande.

Bien que ce soit difficile, mes collègues les plus anciens et moi, on est resté à l’abattoir parce que ça payait bien et qu’on a pu garder nos salaires. Mais pour ceux qui entrent aujourd’hui dans l’entreprise, c’est plus difficile. La direction a fait le choix de payer les nouveaux beaucoup moins qu’à l’époque (l’équivalent d’un Smic), donc ils s’en vont rapidement. Il y a beaucoup de turn-over. Pour certains, c’est rare qu’ils tiennent un mois sans être absent. En deux ans qu’on n’a pas connu une journée où l’on était en effectif complet.

On ne sait pas dans quel état on va finir

Dans tout métier, on doit trouver un équilibre entre la difficulté et la rémunération. Si la rémunération n’est pas à la hauteur des tâches qui sont demandées aux salariés, ça ne peut pas marcher. C’est pour ça que les jeunes s’en vont et que les vieux sont restés. Nous, quand bien même on voudrait partir, on ne trouverait pas de boulot à 100 kilomètres à la ronde, vu nos compétences. Et puis, on ne peut pas déménager avec femme et enfants comme ça.

 

Moi, j’ai 50 ans, et comme beaucoup de mes collègues dans ma situation, je me demande dans quel état on va finir. Ça ne m’embête pas de devoir travailler encore une quinzaine d’années, seulement je voudrais pouvoir le faire en étant en bonne santé et je sais que c’est impossible. On est tous brisés physiquement, à des degrés différents.

Il faudrait au moins revoir les cadences

Pour que ça change, il faudrait que les responsables des abattoirs prennent en considération le vieillissement de leur population de salariés, mais aussi le fait que les jeunes sont moins costauds que nous.

Il faudrait envisager de jouer sur les cadences : aujourd’hui, pour m’occuper d’une génisse de trois ans, j’ai deux fois le temps dont j’ai besoin. Ça va vite, parce que les cuirs et la viande sont hyper fins. Mais pour un taureau de quinze ans, j’aurais presque besoin du double… Ajoutez à cela que vous ne pouvez pas être en retard sur une bête, parce que sinon, c’est toute la chaîne qui grippe.

Je me souviens d’avoir discuté avec le fournisseur et la direction, au moment de la conception de la chaîne agneaux. Je leur avais dit : “Imaginez qu’il n’y ait que des femmes à travailler sur cette chaîne-là. Comment vous feriez ?” Ils m’avaient regardé avec des yeux ronds en me disant que c’était inimaginable. Je leur avais répondu que c’était complètement discriminatoire comme réflexion ! Au nom de quoi est-ce que l’outil de production devrait être réservé à des hommes ? C’est bien la preuve que tel qu’on le fait aujourd’hui, ce métier nous pousse dans nos retranchements.

La pénibilité du travail, c’est quand bosser joue avec ton espérance de vie

Le plus dramatique dans tout ça, c’est que selon les fameux critères du compte-pénibilité mis en place par le gouvernement, sur 200 employés de ma division, seulement 10 personnes sont éligibles. Premièrement, on ne soulève pas de charges mais on travaille en force. Ensuite, nos cadences ne sont pas assez rapides pour être considérées comme insoutenables et la température du lieu de travail rentre dans la fourchette de ce qui est admis. On est donc coincé. Encore une fois, on a des lois qui sont faites par des gens qui ne connaissent pas le terrain.

Pour moi, la pénibilité au travail a une définition très claire. Je me suis retrouvé un jour attablé avec deux ingénieurs de Microsoft alors que j’étais en formation à Paris. Eux, ils étaient persuadés de faire le boulot le plus éprouvant du monde parce que leurs cerveaux continuaient de cogiter quand ils rentraient à la maison le soir. Ce que je leur ai dit, c’est que le jour où ils prendraient leurs retraites, ils ne seraient plus obligés de penser à tout ça. Moi, le jour où je m’arrête, mon mal de dos ne va pas s’évaporer. Il sera là et ce jusqu’à la fin de mes jours. Ce que je veux dire, c’est qu’un métier est pénible à partir du moment où il remet vraiment en question votre espérance de vie, votre intégrité physique.

On a tendance à dénigrer les métiers physiques. On parle des agents d’abattoirs mais c’est la même chose pour les éboueurs et les autres métiers manuels. Beaucoup de gens auraient bien du mal à vivre sans nous. Pour manger de l’entrecôte, il faut bien quelqu’un pour tuer un animal et le travailler par la suite. C’est en ça que je suis content que Vincent et Raphaël aient fait ce film : il apporte à notre métier un peu de reconnaissance.

Propos recueillis par Henri Rouillier.

Jean-Luc Souvestre est le délégué CFDT de l’abattoir SVA de Vitré. 

Source : l’OBS leplus

La vision des abattoirs par les anti viande

ÉMISSION DU 26 FÉVRIER 2017

Faut-il avoir honte d’être carnivore ?

Peut-on aimer les animaux et les manger ? Avec le philosophe et éthologue Dominique Lestel, qui est notamment l’auteur d’Apologie du carnivore (Fayard, 2011), et Gilles Lartigot, bodybuilder vegan.

Raphaël ENTHOVEN reçoit L214, les défenseur du bien être animal...

Qui vive? « Manger de la viande est-il un crime ? »

SAISON 2016 – 2017

 

« Qui-vive ? » reçoit Brigitte Gothière et Sébastien Arsac, qui portent la parole de l’association L214 de lutte contre la maltraitance animale et de promotion du véganisme. Est-ce légitime de vouloir faire reculer la consommation de viande en diffusant des vidéos épouvantables et dégoutantes ? Est-il impossible de respecter les animaux tout en mangeant leur viande ?  Et surtout, peut-on décider de ne plus aimer la viande ? Est-ce que le goût peut être modifié par la raison, ou est-ce le ventre qui commande à l’intellect ? Une éthique se décide avec des raisons, et non avec des images. Que vaut une norme morale, si elle est indexée à un goût ou un dégoût ?

Source : Europe1

Yves-Marie Le Bourdonnec, Photos : Martine Murat

« To beef or not to beef in France, comment assumer d’être boucher au 21ème siècle» avec Monsieur Le Bourdonnec

 Jeudi 9 mars 2017 de 17h30 à 20h

Inscription obligatoire

Le jeudi 9 mars 2017 de 17h30 à 20h à l’école militaire

« To beef or not to beef in France, comment assumer d’être boucher au 21ème siècle » avec Monsieur Le Bourdonnec

En mandarin, le mot « crise » est la combinaison de deux idéogrammes : danger et opportunité. Sans minimiser la paupérisation des éleveurs, les impacts environnementaux de leurs pratiques ou encore le déficit de vocations pour la boucherie, la crise profonde et plurielle que vit la filière viande française peut aussi être une opportunité pour questionner le modèle de développement qui l’a conduite à l’impasse.Inventer ce que sera la viande du XXIème siècle passe notamment par deux formes d’intelligence économique, dans l’acception la plus large du terme. Regarder la façon dont cette même filière s’est structurée à l’étranger tout d’abord, pour constater que les pratiques anglaises d’élevage ou les modes de consommation japonais sont autant de trésors pour inspirer notre démarche. Pratiquer la transparence avec les consommateurs et œuvrer à l’évolution des politiques qui font perdurer le système actuel peuvent par ailleurs permettre de pérenniser un modèle plus durable.La conférence sera animée par Clarisse Prévost, fondatrice et directrice générale de Mottainaï, et Yves-Marie Le Bourdonnec, artisan-boucher et associé de Mottainaï. Elle sera suivie d’une dégustation donnant chair à la philosophie qu’ils défendent.

La conférence sera animée par Clarisse Prévost, fondatrice et directrice générale de Mottainaï, et Yves-Marie Le Bourdonnec, artisan-boucher et associé de Mottainaï. Elle sera suivie d’une dégustation donnant chair à la philosophie qu’ils défendent.

Les inscriptions sont ouvertes.

L’équipe vous accueillera au poste n°5 de l’École militaire à partir de 17h00 jusqu’à 17h20 à l’adresse suivante :

Accès : 5, place Joffre – 75007 PARIS, métro École Militaire (sortie avenue Duquesne).

Prévoir 10 minutes de marche avec de bonnes chaussures (route pavées) pour rejoindre l’amphithéâtre LACOSTE, lieu de la conférence.

Une pièce d’identité et le billet d’inscription seront exigés pour l’accès et vos sacs seront inspectés.

Billetterie pour les membres de l’association

  • 17h30/20h : Conférence « To be or not to beef in France, comment assumer d’être boucher au 21ème siècle » avec Monsieur Le Bourdonnec
  • Dégustation et pot de l’amitié à l’issue de la conférence.
  • Tarif : 10€.
  • Accès à la billetterie : Les inscriptions sont ouvertes – cliquez ici (protégé par mot de passe)

Billetterie pour les non-membres, moins de 30 ans, de l’association

  • 17h30/20h : Conférence « To be or not to beef in France, comment assumer d’être boucher au 21ème siècle » avec Monsieur Le Bourdonnec
  • Dégustation et pot de l’amitié à l’issue de la conférence.
  • Tarif : 10€.
  • Accès à la billetterie : Les inscriptions sont ouvertes – cliquez ici

Billetterie pour les non-membres de l’association

  • 17h30/20h : Conférence « To be or not to beef in France, comment assumer d’être boucher au 21ème siècle » avec Monsieur Le Bourdonnec
  • Dégustation et pot de l’amitié à l’issue de la conférence.
  • Tarif : 20€.
  • Accès à la billetterie : Les inscriptions sont ouvertes – cliquez ici

Attention : INSCRIPTION EN LIGNE OBLIGATOIRE !
Les billets sont individuels, personnels, incessibles et non remboursables. Toute personne en possession d’un billet « membre de l’association » et n’étant pas personnellement membre à jour de cotisation se verra refuser l’accès à la conférence.

 

Yves-Marie LE BOURDONNEC

« L’histoire de la viande, c’est l’histoire d’un paysage, c’est une histoire sociale ».

Yves-Marie LE BOURDONNEC, un artisan boucher engagé dont la démarche instinctive s’inscrit dans une approche globale d’intelligence économique tant sur le plan de l’information, de la protection que de l’influence.

Ayant fait de sa passion son métier, Yves Marie LE BOURDONNEC devient le chef de file d’une école de

pensée dont la stratégie est de transformer en profondeur l’approche française de la viande, de sa production à sa consommation. Parvenir à l’excellence en fonction de ce qu’on a sur place, en autonomie complète.

Il pose ainsi une vraie problématique et un questionnement : comment bien produire avec son paysage. Pour mieux comprendre, il étudie les modes de production au Royaume-Uni, en Suède, en Espagne, au Japon… bœuf Angus anglais, Wagyu et Kobé japonais, Rouge de Galice…

LE BOURDONNEC a donc repensé les choses et développé sa propre filière. Un engagement pour accompagner les éleveurs vers de nouvelles filières durables, former les aspirants-bouchers et fédérer les acteurs internationaux de la filière viande autour des savoir-faire dans le respect des écosystèmes.

Il propose d’adopter un autre regard sur la compétition économique dans un monde globalisé par une approche innovante des marchés en réadaptant l’offre à la demande, persuadé que l’avenir de la filière se joue sur l’ouverture au monde et la pérennité de produit d’exception. La maturation est l’aboutissement d’une démarche globale mêlant plaisir du goût et responsabilité écologique et économique.

« La maturation, c’est pour prouver quelque chose : j’ai instauré de nouveaux élevages, j’ai lancé des éleveurs sur de nouveaux modes et je veux prouver par la maturation que leur travail est exceptionnel. Une viande très bien élevée va prendre des goûts intéressants, des goûts de miel, de noisette, c’est comme l’affinage pour le fromage. Je veux prouver par cette maturation extrême que ce qu’on fait est sérieux ».

Décidé à tracer des voies nouvelles, à garantir un avenir à la filière et contribuer à l’émergence de nouveaux talents, il co-fonde en 2014 avec Clarisse Prévost une école destinée à former des « Bouchers- Entrepreneurs ».

Auteur de livres, instigateur de happenings, éditorialiste à l’occasion, Yves-Marie LE BOURDONNEC, militant engagé, se démarque du modèle tricolore et fait des émules dans le monde entier.

Yves-Marie LE BOURDONNEC est né le 4 mars 1968 à Montreuil (Seine-Saint-Denis). À huit ans, il découvre les animaux dans la ferme de son oncle dans les Côtes d’Armor et c’est à dix ans que naît sa vocation : « Je découvre les gestes d’un boucher. Je suis fasciné. Je veux en faire mon métier « . Après son CAP, en 1984, et quelques expériences, il ouvre en 1987, à 19 ans, sa première boucherie, Le Couteau d’Argent à Asnières-sur-Seine. Titré meilleur boucher de Paris en 2003, Yves-Marie LE BOURDONNEC travaille avec les plus grandes tables (Yannick ALLENO, Alain DUCASSE, Le Beef Club) et devient le spécialiste de la maturation de la viande. Personnalité atypique dans le monde de la boucherie, il a inspiré le personnage principal du roman de Joy SORMAN, Comme une bête et obtient une reconnaissance internationale, le New York Times lui a notamment décerné le titre du producteur du meilleur hamburger du monde. Défenseur de la viande, il est l’instigateur du mouvement I love Bidoche en 2011 pour, dit-il, « recréer des liens entre les bouchers et les éleveurs, sortir les vaches des étables et les remettre dans les prés pour qu’elles broutent ». En 2012, paraît son ouvrage, L’Effet Bœuf, dans lequel il dénonce les dérives de l’agriculture. Parcourant la planète pour des films documentaires, il est même le héros d’un film appelé Steak (R)évolution, réalisé par Frank RIBIERE. Outre Le Couteau d’Argent, Yves-Marie LE BOURDONNEC est propriétaire de deux autres boucheries à Paris.

Depuis 2014, il accompagne Clarisse Prévost dans l’aventure Mottainaï, catalyseur d’une filière viande durable et savoureuse qui propose conseil et formation aux éleveurs, aspirants-bouchers et chefs.

https://le-bourdonnec.com                www.mottainai.paris

LE GUILCHER GEOFFREY

“ Journaliste indépendant”

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Editions Goutte d’Or 

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Geoffrey Le Guilcher, journaliste, a travaillé sous une fausse identité pendant plus d’un mois dans un grand abattoir breton. Il en a tiré un récit passionnant, « Steak Machine »

Abattoirs : « La souffrance animale est intimement liée à celle des hommes »

Geoffrey Le Guilcher, journaliste, a passé 40 jours infiltré dans un grand abattoir breton. Il en a tiré un récit passionnant, « Steak Machine ».

Bérénice Rocfort-GiovanniSource : L’OBS
Propos recueillis par Bérénice Rocfort-Giovanni
Bérénice Rocfort-Giovanni

Geoffrey Le Guilcher, journaliste, a travaillé sous une fausse identité pendant plus d’un mois dans un grand abattoir breton. Il en a tiré un récit passionnant, « Steak Machine » (Editions Goutte d’or), qui sort jeudi 2 février. Interview.

Vous avez passé 40 jours infiltré dans un abattoir. Quel était votre but ?

Je voulais comprendre d’où vient la violence contre les animaux que l’on voit dans les vidéos de l’association L214 tournées dans les abattoirs. Mais aussi pourquoi c’est devenu un sujet de société captivant, au point de donner lieu à une commission d’enquête parlementaire.

 

On croit qu’il suffit d’introduire une caméra dans un abattoir, de filmer et les mecs se lâchent. Mais ce n’est pas du tout ça. Ce qui saute aux yeux tout de suite, c’est que la souffrance animale est intimement liée à la souffrance humaine. Dans le système d’abattage industriel, le vrai déclencheur de cette violence est la cadence imposée aux ouvriers.

L’abattoir où j’étais en immersion est l’un des plus grands d’Europe, deux millions d’animaux sont tués chaque année, une vache par minute. Tout est dit avec ces chiffres. Les animaux, eux, se débattent, ne veulent pas mourir, ils ralentissent donc la cadence. Lorsqu’ils sont suspendus, ils font la taille d’un dinosaure, se balancent, donnent des coups de pattes à des travailleurs qui ont déjà mal partout. Comme le décrit très bien la sociologue Catherine Rémy, l’animal devient l’ennemi.

Se faire embaucher incognito a-t-il été difficile ?

A l’agence d’intérim, on m’a accueilli à bras ouverts tellement l’abattoir manque de personnel. Tout le monde finit par s’enfuir. J’ai rasé mon crâne, enlevé mes lunettes, mis des lentilles. C’était ma carapace. J’ai dit que j’avais travaillé dans le bâtiment. J’ai aussi raconté que j’étais fils d’éleveur, sur les conseils de l’association L214, ça a aidé. J’ai changé de prénom.

Qu’est-ce qui est le plus dur, lorsqu’on travaille dans un tel lieu ?

Le rythme physique. On est soumis chaque jour à un rouleau compresseur. Huit heures par jour debout à découper une carcasse, avec vingt minutes de pause, imaginez ! J’avais les doigts bloqués tous les matins. Certes, en temps normal, je tape sur le clavier d’un ordinateur, mais un ancien maçon qui travaillait sur ma chaîne souffrait lui aussi du même mal. Ton corps se transforme, tu prends de la « poigne », mais tu attrapes aussi toutes sortes de maladies : troubles musculo-squelettiques, maux de dos… Le non-dit absolu dans un abattoir, c’est la souffrance qui détruit les travailleurs.

Entre « The Jungle », roman ultra-réaliste du journaliste Upton Sinclair (1906) qui décrit les conditions de travail atroces dans les abattoirs de Chicago et votre récit, rien ou presque ne semble avoir changé…

L’abattoir est le tout premier exemple de travail à la chaîne. Henry Ford s’est d’ailleurs inspiré de cette organisation pour construire ses automobiles. Ce sera aussi sans doute aussi la dernière chaîne de ce type à perdurer. Pour fabriquer des voitures, on a pu développer des robots. Les animaux, eux, sont des « pièces » uniques. Chez un taureau, la graisse, n’est pas du tout répartie de la même façon que chez une vache par exemple, il ne peut donc pas être découpé de la même façon. Il y a bien quelques pistes pour soulager les ouvriers, par exemple un exosquelette autour du bras autour qui faciliterait les gestes. Mais quelle société a vraiment envie d’investir là-dedans ?

Vous n’avez pas seulement partagé le quotidien des travailleurs. Vous racontez aussi les week-ends, les soirées arrosées ou sous drogues avec eux.

Je voulais aussi voir la vie en dehors, bien comprendre le lien entre le village et l’abattoir. C’est une autre planète, avec ses propres codes, c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai rebaptisé l’abattoir « Mercure ». Je me suis fait des potes, j’appréciais de passer du temps avec eux. Et puis quand arrivait le vendredi soir, j’avais plus que jamais envie de faire la fête pour décompresser après une semaine très dure  !

Qui étaient vos collègues ?

C’est un milieu très viril, assez mélangé. L’ancienne génération, les plus de 40 ans, a fait d’autres boulots dans le bâtiment, l’agriculture… et s’est retrouvée au chômage à un moment donné. Il y aussi les très jeunes, 18 ans à peine, qui veulent vite un salaire, une voiture, s’installer avec leur copine. Ils achètent leur indépendance, ce sont des ouvriers modèles. Il y a aussi un autre groupe, un peu à part, celui qui mettait le plus de vie : les travailleurs qui ne sont pas contents d’être là, mais qui acceptent leur sort. Ils ont fait un choix rationnel. Charles, l’un de mes collègues, était fier de me montrer sa maison, ses enfants… Pour lui, ça donne du concret de travailler à l’usine. Certains sont fiers de travailler là.

Et les chefs ?

Les chefs juste au-dessus des ouvriers sont des anciens de la chaîne. Ils sont là pour que le rythme ne faiblisse pas. Ils subissent une pression maximale des cadres. Il n’est pas rare qu’un ouvrier refuse une telle promotion, tellement le poste est difficile.

Vous expliquez que l’endroit où les bêtes sont abattues  est caché des regards extérieurs par un haut mur…

En un siècle, l’abattoir n’a cessé de devenir un lieu de plus en plus tabou. Même son nom a changé, au début, on l’appelait « la tuerie ». La « tuerie » était au cœur des villes, avant d’être progressivement excentrée. Aujourd’hui, « la tuerie » est devenue taboue au sein même d’un lieu déjà tabou ! Cela a un effet sur les hommes, qui ont le sentiment d’y être enfermés par leurs chefs.

N’y a-t-il pas eu quelques progrès, avec la prise en compte collective des conditions d’abattage ?

La proposition de loi d’Olivier Falorni,  le président de la commission d’enquête sur les conditions d’abattage [député divers gauche, NDLR], est une coquille vide.  Elle prévoit de  rendre obligatoire dans la bouverie [bâtiment destiné au logement des boeufs, NDLR] et la « tuerie » la présence de vétérinaires et de RPA, des « responsables de la protection animale », sachant qu’un RPA peut être le chef de la chaîne… Mais ces personnes avaient déjà accès à ces zones, ça ne changera rien.

Tout ce qui était ambitieux a été évacué du texte. Le prisme humain est pourtant la clé. C’est en transformant les conditions de travail des ouvriers, en ralentissant la cadence et en les sensibilisant au bien-être animal qu’il y aura vraiment un effet.

Mangez-vous toujours de la viande ?

J’en consomme beaucoup moins alors que j’étais un « viandard » . Je trouve le système absurde, il produit une viande qui ne vaut plus rien , des « bouts » d’animaux. A Paris, dans certains kebabs, on peut avoir jusqu’à quatre animaux différents dans son sandwich !

 

Source : L’OBS

Propos recueillis par Bérénice Rocfort-Giovanni

Bérénice Rocfort-Giovanni

Bérénice Rocfort-Giovanni

Journaliste

Articles

Infiltré dans un abattoir breton pendant six semaines

Source : Le Monde

LE MONDE |  • Mis à jour le 

Par  Audrey Garric

« Aller voir si les usines à viande ont enfanté des hommes-monstres. » Voilà la mission que se donne Geoffrey Le Guilcher lorsqu’il se fait embaucher comme intérimaire dans un immense abattoir breton. Une infiltration de quarante jours, durant laquelle le journaliste va tenir le couteau avec ces ouvriers qui assomment, tuent et découpent des bêtes à longueur de journée. Dans Steak Machine, le premier ouvrage des Editions Goutte d’or, il livre le récit d’une immersion dans cette violence quotidienne, attisée par une cadence infernale. Des souffrances animale et humaine qui lui apparaîtront, au final, comme « indissociables ».

Geoffrey Le Guilcher n’est pas le premier à raconter de l’intérieur ces lieux fermés au public, des « boîtes noires » telles que les avait qualifiées le député de la Charente-Maritime Olivier Falorni, président de la commission d’enquête sur le sujet.

Avant lui, Stéphane Geoffroy, « tueur » pendant vingt-six ans à l’abattoir de Liffré (Ille-et-Vilaine), avait déjà témoigné sur sa « plongée dans un univers qui a quelque chose de primitif » (A l’abattoir, Seuil, avril 2016). Les sociologues Séverin Muller et Catherine Rémy étaient eux aussi passés sur la chaîne d’abattage pour décrire la mise à mort des animaux. Enfin, la journaliste du Parisien Bérangère Lepetit avait passé un mois dans la blouse d’une ouvrière du groupe volailler Doux (Un séjour en France, Ed. Plein Jour septembre 2015).

Reste que ces témoignages sont rares, et le regard journalistique précieux. Dans Steak Machine, écrit à la première personne, Geoffrey Le Guilcher, 30 ans, mêle habilement récit de terrain et travail d’investigation et de documentation. Il démontre comment l’industrialisation massive de la production de viande mène au « traitement indigne des hommes qu’elle emploie et des animaux qu’elle abat ».

 Lire aussi :   Enquête chez les forçats des abattoirs

L’ABATTOIR TUE 600 BŒUFS ET 7 500 PORCS PAR JOUR

En mars 2016, quand germe l’idée de cette enquête, Geoffrey se qualifie de « viandard ». Rien ne lui fait plus plaisir qu’une bavette sauce échalotte ou une côte de bœuf saignante au barbecue. Le journaliste, qui collabore avec MediapartLe Canard enchaîné ou la revue XXI, s’interroge en visionnant les vidéos de l’association L214 sur des cas de maltraitance animale dans des abattoirs : qui sont ces hommes qui tuent les bêtes à la chaîne ? Comment le vivent-ils ? Méritent-ils la haine publique ?

Pour se faire embaucher, Geoffrey modifie son identité : il se fait appeler Albert – son second prénom –, se tond les cheveux, troque ses lunettes pour des lentilles et s’invente un père éleveur de moutons.

L’abattoir qui le prend à l’essai, rebaptisé Mercure – pour éviter les poursuites et protéger ses collègues –, tue 600 bœufs et 7 500 porcs par jour, soit 2 millions d’animaux par an. Trois mille ouvriers y travaillent, à la tuerie, à l’assommage ou à l’accrochage. « Albert », lui, est affecté au parage des bovins. Juché sur une nacelle à trois mètres de hauteur, huit heures par jour, il ôte les graisses d’une carcasse décapitée et coupée en deux. Et ce, à ­raison de 55 à 60 vaches à l’heure, soit des ­milliers de fois le même geste dans la journée. Le bruit de la chaîne est assourdissant et la chaleur oppressante.

Très vite, son corps souffre. Les cervicales et le dos sont douloureux, les doigts bloqués. Les crampes se multiplient, les tendinites ne sont pas loin, malgré les échauffements, les pommades et les compresses thermiques. Un ouvrier, Kévin, confie sa théorie de la douleur permanente : « Personne ne peut éviter d’avoir mal, il faut apprivoiser la douleur, tel est le secret du job. » Selon un autre salarié, Mercure compte au moins un accident par semaine (le plus souvent bénin). Les maladies professionnelles et les troubles musculo-squelettiques sont pléthore : hernies discales, sciatiques, syndromes du canal carpien. La majorité des ouvriers, dont certains « ne peuvent plus rester assis ni debout », se considèrent comme « foutus ».

L’abattoir a réalisé des aménagements pour limiter la dureté du travail, mais ils sont insuffisants. Malgré le robot affûteur, acheté 180 000 euros, les couteaux restent mal aiguisés, obligeant les salariés à forcer pour couper. Surtout, l’entreprise ne reconnaît pas toujours les maladies professionnelles pour payer moins de cotisations sociales.

LA DROGUE EST SOUVENT NÉCESSAIRE

Pour surmonter cette souffrance physique et psychologique, la drogue est souvent nécessaire. Nombre d’ouvriers tournent à la bière, au whisky, aux joints, mais aussi au LSD ou à la cocaïne. « Si tu bois pas, que tu fumes pas, que tu te drogues pas, tu tiens pas à Mercure, tu craques », assure Kévin, un ouvrier.

Geoffrey Le Guilcher raconte alors les soirées à picoler jusqu’à 7 heures du matin avant de prendre son service, le joint dès le matin ou les barbecues bien arrosés. Ce milieu, très masculin, compte beaucoup d’intérimaires. L’abattoir embauche en continu, quel que soit le niveau d’études, et les salaires ne sont pas mauvais. Jeanne, 56 ans, qui travaille à Mercure depuis quinze ans, gagne 1 580 euros par mois, auxquels il faut ajouter un treizième mois et l’intéressement.

Si Geoffrey Le Guilcher a cherché à comprendre la souffrance des hommes, il n’a pas pour autant délaissé celle des animaux. Pendant six semaines, il tente d’aller de l’autre côté du « mur », celui construit autour de l’atelier de la « tuerie » pour ôter à la vue de tous la saignée et éviter des ­vidéos en caméra cachée, à l’image de celles de l’association L214. Seuls les salariés pénètrent dans cet « antre sacré ». Avant de réussir à y entrer quelques minutes, Geoffrey parvient à parler avec certains « tueurs », qui étourdissent ou donnent la mort à l’animal.

Lire aussi :   L’Assemblée vote l’obligation de caméras dans les abattoirs dès 2018

Ces hommes, qualifiant leur poste de « dangereux » et de « stressant », confient qu’avec les cadences les animaux ne sont pas toujours inconscients lorsqu’ils sont tués, comme le prévoit la loi. Parfois, des bêtes se réveillent d’entre les morts ou s’échappent sur la chaîne. Le risque de dévoiler ces scènes, selon un ouvrier : « Que les Parigots arrêtent de manger de la viande ! » « L’occultation ­totale du sort réservé aux animaux est le pilier de la consommation de masse de viande », confirme l’auteur.

Après cette expérience « d’immersion totale », Geoffrey choisit de démissionner, ne parvenant plus à assumer sa double identité. « J’étais devenu pote avec certains ouvriers et, alors que je leur mentais sur mon identité, mon malaise ne cessait de grandir », explique-t-il. Le journaliste, devenu flexitarien – il ne consomme que peu de viande – en est aujourd’hui convaincu : « Tant que la cadence sera absurde pour les hommes, il n’y aura pas de viande propre. » Son livre se dévore d’une traite, mais attention, il laisse un arrière-goût amer.

« Steak Machine », Geoffrey Le Guilcher, Editions Goutte d’or, 200 pages, 12 €.

Par  Audrey Garric

Source : Le Monde

« Il faut se mettre à la place des gens qui égorgent des animaux »

Le journaliste Geoffrey Le Guilcher s’est fait embaucher dans un abattoir. Il en a tiré un livre qui raconte les états d’âme de ceux qui font tourner la machine.

Source : Le Point

PROPOS RECUEILLIS PAR 

 Publié le  | Le Point
Échange clavier contre couteaux. Le journaliste Geoffrey Le Guilcher a passé 40 jours dans un abattoir à découper des carcasses.
Échange clavier contre couteaux. Le journaliste Geoffrey Le Guilcher a passé 40 jours dans un abattoir à découper des carcasses. © Le Point/ Clément Pétreault
Source : Le Point 

La « souffrance humaine » dans un abattoir: un journaliste infiltré raconte

Source : Bourse Direct SA


Le journaliste indépendant Geoffrey Le Guilcher s’est fait embaucher incognito dans un abattoir breton et en a tiré un livre « Steak machine » ( REMY GABALDA / AFP )

Dans les abattoirs, « la souffrance animale est massive, mais la souffrance humaine est également massive », témoigne le journaliste indépendant Geoffrey Le Guilcher, qui s’est fait embaucher incognito dans un abattoir breton et en a tiré un livre « Steak machine », qui sort jeudi aux éditions Goutte d’or.

La problématique de la violence faite aux animaux dans les abattoirs a émergé avec les vidéos choc de l’association L214, mais elles « n’ont levé qu’une partie du tabou », selon Geoffrey Le Guilcher.

Selon le journaliste qui a travaillé 40 jours sur la chaîne de découpe des carcasses d' »un abattoir moderne, avec un outil industriel aux normes », « quand tu vas sur place tu t’aperçois que ce sont des gens comme tout le monde mais mis dans des conditions extrêmes ».

« On fait 63 vaches à l’heure quand on est au taquet, mais la norme c’est plutôt 55 », explique ainsi un des nouveaux collègues du journaliste embauché.

– « Cadences élevées et manque de personnel » –

« Quand on est pris dans la cadence, si l’animal se débat, il rajoute de la pénibilité à un métier déjà pénible. On est dans un contexte où les animaux sont juste des ennemis qui compliquent une tâche déjà inhumaine », raconte-t-il.

En cause, « des cadences élevées et le manque de personnel ».

Le journaliste et écrivain français Geoffrey Le Guilcher à Paris, le 1er mars 2016
Le journaliste et écrivain français Geoffrey Le Guilcher à Paris, le 1er mars 2016 ( JOEL SAGET / AFP/Archives )

Geoffrey Le Guilcher constate ainsi que « 30 à 40% » des effectifs sont composés d’intérimaires, et que la formation est inexistante. « J’ai appris une semaine après avoir commencé qu’il fallait mettre le gant en kevlar en dessous de celui en cotte de maille », explique-t-il en montrant une photographie de sa main très abîmée après une semaine de travail.

« On leur reproche de chosifier les animaux, quand eux se débrouillent dans une zone de tabou », selon le journaliste qui en veut pour preuve que dans l’abattoir où il est embauché, la « tuerie », zone où les animaux sont étourdis puis égorgés, est entourée d’un mur qui en cache la vue aux visiteurs éventuels, mais aussi aux autres salariés. « Ce qui ne laisse pas beaucoup d’autres moyens que l’infiltration », pour savoir ce qu’il s’y passe.

Se mêlant aux ouvriers, le journaliste est allé chercher des histoires que « dans ce monde viril et taiseux on ne dit pas ».

– « Corps abîmé » –

Et dans ce livre-témoignage, les animaux sont de fait peu présents, ce sont les maux des salariés qui émergent: troubles musculo-squelettiques et accidents du travail, « au moins un par semaine » selon un salarié.

Les zones les plus fréquemment touchées par l’usure du travail: « le canal carpien et les épaules dont les tendons s’usent de façon accélérée », selon le médecin qui soigne les ouvriers de l’abattoir.

De fait, les ouvriers que rencontre le journaliste « connaissent les chiffres correspondant à leurs disques, à leurs lombaires, à leurs os, tendons et cartilages, tous les morceaux de leur corps abîmé », raconte-t-il.

Geoffrey Le Guilcher rencontre ainsi plusieurs salariés « mutés à des postes où ils passent le balai car ils sont foutus » physiquement parlant. Et malgré un salaire et des primes intéressants, vu le niveau de qualification requis, « notre abattoir a de graves problèmes de recrutement », confie un syndicaliste au journaliste.

Dans ce contexte, les salariés « se retrouvent un peu stigmatisé » par les vidéos de L214, mais cela les concerne moins que les accident et les maladies causé par leur travail, estime le journaliste.

Il cite tout de même la confession que lui a fait un jeune salarié: « si tu bois pas, que tu fumes pas, que tu te drogues pas, tu tiens pas (à l’abattoir, NDLR), tu craques ».

Source : Bourse Direct SA

Scandale des abattoirs: «Les cadences sont si élevées que la bête qui résiste devient ton ennemi»

Source : 20 minutes

ANIMAUX  Le journaliste Geoffrey Le Guilcher s’est infiltré quarante jours dans un abattoir industriel de Bretagne. Il en sort Steak Machine, livre coup de poing qui interroge les conditions de travail imposées aux ouvriers, point de départ de la souffrance animale…

Geoffrey Le Guilcher, journaliste, s'est infiltré 40 jours dans un abattoir industriel en Bretagne. Il relate cet expérience danss Steak Machine, livre paru ce jeudi 2 février 2016.Geoffrey Le Guilcher, journaliste, s’est infiltré 40 jours dans un abattoir industriel en Bretagne. Il relate cet expérience danss Steak Machine, livre paru ce jeudi 2 février 2016. – F. Pouliquen / 20 Minutes

Source : 20 minutes

Fabrice Pouliquen Publié le 

« Tant que la cadence sera si élevée pour les hommes, il n’y aura pas de viandes propres ». Le constat de Geoffrey Le Guilcher est implacable. Ce journaliste indépendant, 30 ans, sort ce jeudi Steak Machine aux éditions Goutte d’Or. Le fruit d’une immersion de 40 jours dans un abattoir industriel de Bretagne. Quarante jours en tant qu’intérimaire, à tailler aux couteaux dans le gras des carcasses amenées à son poste à un rythme effréné. Une vache toutes les minutes. Parfois plus.

Geoffrey Le Guilcher ne donne pas le nom de l’abattoir, ni sa localisation. Il l’appelle juste Mercure « parce qu’il fait chaud et qu’on s’y bousille la santé ». 3.000 personnes y travaillent et deux millions d’animaux y sont abattus par an.

Son livre fait écho aux vidéos d’horreurs filmées en caméra cachée dans les abattoirs par l’association de protection animale L214. Mais plus que les sévices faits aux animaux, Steak Machine raconte les conditions de travail des ouvriers des abattoirs, les cadences infernales imposées.

En 40 jours à Mercure, êtes-vous devenu vous aussi un homme-crabe ?

C’est en effet ce qui m’a frappé chez mes collègues. Je les appelle homme-crabe parce qu’ils ont comme muté. Ils présentent une musculature hors-norme au niveau des avant-bras, des poignets et des mains à force de lever des carcasses. Quand tu te promènes dans les cafés, tu sais tout de suite si une personne travaille à l’abattoir ou non : à sa carrure, mais aussi aux bosses sur le dessus des doigts causées par le frottement de la cote de maille qu’ils portent pour se protéger de leurs couteaux. Moi, je n’ai pas tant pris des bras, j’ai surtout perdu des kilos. Deux ou trois. Tu transpires beaucoup chez Mercure, d’autant que j’y ai travaillé un été, en pleine canicule.

>> Lire aussi: Qui pourra finalement contrôler ce qui se passe dans les abattoirs?

L’association L214 a déjà dévoilé par ses vidéos les conditions de mise à mort des animaux en abattoir. Qu’apporte de plus au débat Steak Machine ?

L214 a levé le tabou de la condition animale dans les abattoirs. C’est son rôle, l’association œuvrant dans la protection animale. Mais tu ne peux pas comprendre les violences faites aux animaux si tu ne comprends pas les violences faites aux hommes dans les abattoirs. Cette immersion visait à aller au bout du problème et de le prendre dans son ensemble. Ce que n’a d’ailleurs pas suffisamment fait la commission d’enquête parlementaire créée après les premières vidéos publiées par L214.

Il est impossible de travailler chez Mercure sans finir avec le dos et les épaules en vrac ?

Mais tout à fait et ce n’est pas vrai qu’à Mercure. C’est ce que révèle le rapport Stivab(Santé et travail dans l’industrie de la viande) réalisé par les caisses bretonnes de la Mutualité sociale agricole (MSA) au début des années 2000. Il notait que 89 % des hommes et 92 % des femmes travaillant en abattoir ont souffert d’un TMS (trouble musculo-squelettique) dans les douze derniers mois. Dans Steak Machine, j’y consacre un chapitre : « Je peux pas être assis, ni debout… je suis baisé ». C’est ce que dit Jacques à son supérieur hiérarchique un jour dans les vestiaires. Il venait d’apprendre par son médecin qu’il allait devoir être arrêté définitivement. Il a 50 ans et lutte pour faire reconnaître l’origine professionnelle de sa maladie. A côté, il y a cet autre salarié, 28 ans lui, qui doit se faire opérer du canal-carpien au niveau de ses deux avant-bras… Quel que soit l’âge, les salariés de Mercure font face régulièrement à des problèmes de santé grave.

Ces conditions de travail sont-elles le point de départ de la souffrance animale dans les abattoirs ?

Le point de départ, c’est la cadence. Il faut tuer une vache par minute à Mercure. Tout le monde court en permanence après la cadence. Il faut bien comprendre qu’il y a deux lieux où les vaches sont encore en vie dans l’abattoir. La bouverie, le lieu où elles sont amenées et où elles peuvent passer une nuit, et la tuerie, le lieu où elles sont étourdies avec une tige en métal dans la tête puis égorgées, accrochées la tête en bas et acheminées vers les autres postes de la chaîne où elles sont découpées, dégraissées… A la bouverie et à la tuerie, tout ne se passe pas toujours comme prévu. Les bêtes résistent, peuvent donner des coups, parfois se réveillent alors qu’on les pensait mortes. Si tu essaies de tenir la cadence d’une vache par minute qu’on t’impose, très vite, la bête qui résiste devient ton ennemie. A Mercure, ils ont intégré un temps un deuxième assommeur pour améliorer les conditions de mise à mort des animaux. Les rapports vétérinaires l’avaient demandé avec insistance à quatre reprises. Mais l’été où j’y ai travaillé, le poste n’était déjà plus assuré. C’était visiblement juste un coup de com’.

>> Lire aussi: Les députés votent l’obligation de caméras dans les abattoirs à partir de 2018

Les conditions de travail ne s’améliorent donc pas ?

Elles empirent. Au lieu de jouer la transparence et de réfléchir avec d’autres acteurs pour améliorer les conditions de leurs salariés et animaux, les abattoirs font l’inverse : ils s’enfoncent dans le tabou, dans le silence. A Mercure, il y a six mois, ils ont érigé un mur autour de la salle de mise à mort des animaux, la cachant ainsi aux visiteurs. Je réalise aussi un documentaire avec Virginie Vilar. Un Envoyé Spécial qui sera diffusé le 16 février prochain, toujours sur la souffrance animale dans les abattoirs. Virginie Vilar a appelé une vingtaine d’abattoirs, un seul a accepté de lui ouvrir ses portes jusqu’à la salle de mise à mort. C’est la preuve que l’immense majorité des abattoirs n’assument pas ce qu’ils font, tout simplement.

Source : 20 minutes

Abattoirs : « On ne comprend pas la souffrance animale si on ne comprend la souffrance humaine »

Geoffrey Le Guilcher, journaliste indépendant, a passé 40 jours infiltré dans un abattoir breton. Dans Steak Machine, qui sort jeudi, il raconte les conditions de travail des ouvriers.

Source : FranceInfo

Un ouvrier de l’abattoir d’Haguenau (Bas-Rhin), travaille sur une carcasse de boeuf en juillet 2016.  (FREDERICK FLORIN / AFP)

Des animaux maltraités, mal étourdis… Les scandales se sont multipliés ces derniers mois dans les abattoirs français avec les vidéos chocs réalisées par l’association de protection animale L214.

Geoffrey Le Guilcher, journaliste indépendant, a passé 40 jours infiltré dans un grand abattoir breton et publie jeudi 2 février Steak Machine (Editions Goutte d’Or) dans lequel il raconte les conditions de travail difficiles des salariés. Il a notamment expliqué jeudi sur franceinfo que tous les employés qu’il a côtoyés « ont des séquelles physiques »« beaucoup sont dépendants à l’alcool et aux drogues ». Pour lui, « on ne comprend pas la souffrance animale si on ne comprend la souffrance humaine. »

franceinfo : Le traitement indigne des hommes et des animaux est étroitement lié, c’est la conclusion de votre livre Geoffrey Le Guilcher ?

Geoffrey Le Guilcher : Exactement. Pendant plus d’un mois, j’étais chargé du dégraissage des carcasses. On travaille huit heures par jour. On a une seule pause de vingt minutes dans la journée. Tous les collègues ont des séquelles physiques. Cela va d’un homme qui a 50 ans qui apprend qu’il va devoir être arrêté définitivement, à un collègue de 28 ans qui doit être opéré des deux côtés du canal carpien. C’est banal là-bas.

Vous racontez des dos cassés, des vertèbres ruinés, on sent des salariés résignés ?

Ils ne sont pas forcément résignés. Beaucoup sont en colère. Ils sont surtout conscients de l’effet que ce travail a sur leur corps. Beaucoup sont dépendants à l’alcool et aux drogues. Le week-end pour eux c’est l’occasion de sortir de la vie, de l’usine et de raconter ce qu’on ne dit pas sur la chaîne. C’est un monde assez viril, taiseux, donc l’idée c’était aussi de raconter ce qu’il se passait en dehors du travail.

Malgré ces conditions de travail, beaucoup restent. Il y a une mutuelle, un treizième mois, des conditions qui peuvent sembler intéressantes.

Il y a quand même un gros turn-over de 30% d’intérimaires, ce qui est assez énorme. Certains vomissent et partent dès le premier jour. Ce que je veux dire dans ce livre, c’est qu’on ne comprend pas la souffrance animale si on ne comprend pas la souffrance humaine.

On doit tuer une vache par minute. Au moment de l’égorgement, il arrive souvent qu’elle se débat. Il faut imaginer cela pendant huit heures.

Geoffrey Le Guilcher, journaliste indépendant

à franceinfo

On n’a pas le temps de vérifier que l’animal est bien étourdi, bien tué. On m’a reproché parfois de stopper la cadence de la chaîne.

Dans cet abattoir, la direction a décidé d’ériger un mur autour de la tuerie, le début de la chaîne, le sujet est devenu tabou ?

Le lieu est devenu de plus en plus tabou, en effet. Le but est surtout de se protéger des vidéos de l’association L214 et des intérimaires qui viendraient voir ce qui se passe à la tuerie. L214 est devenu une obsession dans les abattoirs. L’association fait baisser la consommation de la viande et elle peut faire fermer au moins temporairement l’abattoir où il y aurait des problèmes avec les animaux. Le mur a été construit contre les intérimaires comme moi et contre les visites de groupes.

Source : FranceInfo

Pour mieux connaitre qui est Geoffrey LE GUILCHER

Au Fait n°8 : interview de Geoffrey Le Guilcher

Vidéo

Infiltré dans un abattoir, un journaliste raconte la souffrance animale et humaine

Pendant longtemps, ce qui se passait à l’intérieur des abattoirs, restait à l’intérieur des abattoirs. Ces derniers mois ce sont surtout les cas de maltraitance animale ont fait parler d’eux avec la diffusion de vidéos filmés illégalement par des associations comme L214.Mais cette réalité est indissociable de celle des employés des abattoirs, c’est ce qui saute aux yeux en lisant “Steak Machine” de Geoffrey Le Guilcher.
Journaliste indépendant, il a changé d’identité et s’est infiltré pendant 40 jours dans un abattoir industriel breton. Son récit publié aux éditions Goutte d’or sort en librairie le 2 février.

La Livre : Steak Machine

Présentation

Un CV imaginaire, une fausse identité, et un crâne rasé. Steak Machine est le récit d’une infiltration totale de quarante jours dans un abattoir industriel en Bretagne. Geoffrey Le Guilcher a partagé le quotidien des ouvriers : les giclées de sang dans les yeux, les doigts qui se bloquent et les défonces nocturnes. Un univers où, selon un collègue de l’abattoir, “si tu te drogues pas, tu tiens pas”. L’usine ciblée par le journaliste abat deux millions d’animaux par an. Une cadence monstrueuse qui mène inéluctablement au traitement indigne des hommes et des animaux. Après trois ans passés aux Inrockuptibles, Geoffrey Le Guilcher, 30 ans, est devenu journaliste indépendant. Il collabore avec Mediapart, Le Canard enchaîné, Streetpress et Les Jours. En janvier 2016, il a publié une biographie-enquête non autorisée : Luc Besson, l’homme qui voulait être aimé (Flammarion).

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boeuf de chalosse

Prévisions viande bovine 2017 : la production toujours en hausse

L’Institut de l’Elevage prévoit une nouvelle augmentation de la production française de viande bovine en 2017 (+0,7% /2016), soit une quatrième année de hausse après le point bas de 2013. Les volumes resteront toutefois inférieurs au niveau de 2012. La place laissée aux importations sur le marché français se réduira encore. Les exportations de viande pourraient quant à elles légèrement progresser. La consommation française par bilan baisserait alors de 0,8%. La production européenne est également attendue en légère hausse, de l’ordre de 1%.

 

2017-Previsions_VB

 

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À la demande des ministères en charge de l’Écologie et de l’Agriculture, et de l’Ademe, l’Inra a conduit une expertise scientifique collective sur les systèmes d’élevage européens et leurs produits. Leurs rôles,  leurs impacts économiques, sociaux et environnementaux, ainsi que les services  marchands ou non marchands qu’ils rendent à la société ont été analysés sur la base d’un important travail de synthèse bibliographique internationale. Les résultats, qui suggèrent aussi des leviers d’action pour les différents systèmes d’élevage, sont présentés et mis en débat lors d’un colloque le 30 novembre 2016 à Paris, avec plus de 200 participants.

Restitution des conclusions de l’expertise scientifique collective : Rôles, impacts et services issus des élevages en Europe partie 2 VF

Restitution des conclusions de l’expertise scientifique collective : Rôles, impacts et services issus des élevages en Europe partie 2 VF

Dix années après la publication du rapport de la FAO Livestock’s long shadow*, qui fait jusqu’ici référence et cadre encore aujourd’hui les débats sur l’élevage, quels sont les apports de connaissances et les résultats de recherche qui complètent ou confirment ce point de vue mondial ? Quelles conclusions en tirer pour le cas spécifique de l’élevage en Europe ?  L’élevage fait en effet l’objet de débats sociétaux importants et est étudié par les scientifiques : le rapport FAO pointait ses impacts sur l’environnement, en particulier sa contribution pour 18 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), ré-évaluée depuis à 14,5 %. La part des produits animaux dans l’alimentation y est discutée en raison de la croissance de la demande mondiale et de la concurrence entre cultures destinées à l’alimentation humaine et celles consacrées à l’alimentation animale. Les recommandations nutritionnelles face aux maladies chroniques et les arguments des défenseurs de la cause animale alimentent aussi les questionnements. Mais, les débats sont le plus souvent parcellisés et aucune étude n’avait, à ce jour, analysé simultanément l’ensemble des dimensions mises en jeu par l’élevage. L’expertise scientifique collective menée par l’Inra s’attache à explorer le corpus des connaissances récentes pour appréhender les élevages européens globalement, avec ses différents rôles, impacts, services et leurs interactions. L’intention est d’objectiver les débats et d’éviter les biais heuristiques ou méthodologiques. Ainsi, par exemple, les émissions de gaz à effet de serre (GES) rapportées au kg produit ou à l’hectare ne donnent pas à voir le même point de vue et ne débouchent pas sur les mêmes résultats et sur la même hiérarchie des systèmes d’élevage, le premier indicateur étant plus favorable aux territoires à forte densité de production animale, le second aux territoires plus fortement herbagers.

Une approche par « bouquets de services »

Bouquet de service caractérisant un système herbager. © Inra
Bouquet de service caractérisant un système herbager© Inra
Pour rendre compte de l’ensemble des effets de l’élevage, l’expertise scientifique collective considère simultanément les marchés, l’emploi et le travail en élevage, la consommation d’intrants, l’environnement et le climat, les enjeux sociaux et culturels… L’analyse de chacune de ces dimensions et de leurs composantes permet de dresser un premier état des lieux [voir encadré 2]. L’originalité de l’exercice est de proposer ensuite une analyse plus globale des services, en s’appuyant sur une analyse en « bouquets de services » [voir schéma] et sur la variabilité de ces bouquets de services selon les caractéristiques-clés des territoires dans lesquels s’inscrit l’élevage.  Cette approche met en relief des antagonismes entre certains services – souvent entre dimension économique et environnementale, par exemple – et met l’accent sur la nécessité de raisonner en compromis. L’analyse des bouquets de service sert quelquefois de base à des approches par scénarios explorant les effets pour l’environnement, d’une réduction de la consommation de produits animaux, associée à des pratiques plus extensives et à un meilleur usage des co-produits dans l’alimentation animale. Tout en montrant l’intérêt d’une telle réduction, ces travaux montrent que la suppression complète de l’élevage ne permet pas d’atteindre les plus hauts niveaux de service environnementaux – sans élevage, les prairies, qui ont un rôle clé pour la biodiversité et la séquestration du carbone dans les sols, tendraient à disparaitre – ce qui souligne l’existence d’un optimum comprenant une part de produits animaux dans la consommation humaine.

Des leviers différents selon les territoires

Cartographie des systèmes d'élevage européens. © Inra
Cartographie des systèmes d’élevage européens© Inra
Ce type d’approche a été appliqué à une typologie territoriale basée sur  trois grands types de territoires [voir carte] et permet d’envisager, pour chacun, différents leviers d’action. Dans les territoires denses en animaux et peu herbagers, concentrant un tiers du cheptel européen et principalement situés au Danemark, Pays-Bas, Nord de l’Allemagne et Ouest de la France, la gestion des pollutions induites par la forte concentration d’animaux et la limitation des intrants sont au cœur des arbitrages locaux. Ces systèmes majoritairement consacrés à la production de produits de qualité standardisée et à coûts optimisés sont très sensibles à la conjecture économique sur laquelle ils n’ont pas de prise. Les leviers d’action, pour les élevages de volailles et porcins, résident à la fois dans l’amélioration de l’efficacité alimentaire, l’aménagement des bâtiments, le niveau de valorisation des animaux, la qualité sanitaire des troupeaux et dans le traitement des effluents. Pour les ruminants, le levier principal est d’accroître, quand cela est possible, le recours au pâturage pour optimiser les rôles biologiques des prairies.

Dans les territoires herbagers, les élevages de ruminants sont majoritaires et sont le plus souvent associés à des produits sous signes de qualité, avec des pollutions réduites et l’absence de concurrence de l’utilisation du sol avec l’alimentation humaine. La productivité de l’herbe détermine niveaux de production et importance de la différenciation des produits. Il faut rechercher le compromis permettant de préserver les bonnes performances environnementales sans pénaliser le potentiel de production en jouant sur la conduite des prairies, l’organisation des paysages et des filières pour la valorisation des produits, articulées aux gouvernances sectorielles et territoriales.

Dans les territoires où cohabitent cultures et élevages, avec des dynamiques très variées, les leviers d’action visent à combiner les bénéfices de l’association sur un même territoire des cultures et de l’élevage. Du fait de la forte concurrence, dans ces territoires, entre élevage et développement des cultures, les leviers s’organisent autour du maintien de l’élevage avec : diversification des rotations, développement de l’autonomie alimentaire des élevages, introduction de ruminants ou volailles dans les vergers, vignes ou rizières…

À ce stade de l’analyse, l’expertise pointe différents besoins de recherche : affiner les plus-values identifiées pour les différents services pour mieux intégrer l’ensemble des services rendus dans l’analyse par bouquets. Rendre ensuite les bouquets de service plus faciles à appréhender par les décideurs publics et l’ensemble des parties prenantes qui pourraient alors mieux s’en saisir. Enfin, affiner l’analyse des effets de la réduction de la consommation en produits animaux. Ce dernier point requiert de mieux intégrer les comportements alimentaires, la qualité des produits, la nutrition, les impacts santé et le fonctionnement des filières.

Livestock long shadow – L’ombre portée de l’élevage, FAO – Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, paru en 2006.

Contact(s) scientifique(s) :
  • Bertrand Dumont UMRH, Clermont-Ferrand
  • Pierre Dupraz UMR Smart-Lereco, Rennes
Délégation à l’Expertise, à la Prospective et aux Études :
Catherine Donnars

Source :

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Une licence pro boucherie pour monter en gammes

Les acteurs du projet parmi lesquels Patrice Priser, directeur de l'Isffel, Jean François Guihard, président de la Confédération française de la boucherie, Thierry Duval, président d'Interbev Bretagne, Yvan Leray, directeur de l'IUT de Brest, et Olivier Mével, maître de conférences à l'UBO, et Emmanuelle Dupont, directrice d'Interbev.Les acteurs du projet parmi lesquels Patrice Priser, directeur de l’Isffel, Jean François Guihard, président de la Confédération française de la boucherie, Thierry Duval, président d’Interbev Bretagne, Yvan Leray, directeur de l’IUT de Brest, et Olivier Mével, maître de conférences à l’UBO, et Emmanuelle Dupont, directrice d’Interbev.

Les métiers de la boucherie montent en gamme. Les professionnels de la filière bovine annoncent le lancement à la rentrée 2017 d’une licence professionnelle en alternance « commerce boucher manager ».

Manager de rayon, chef de produit, artisan boucher, responsable de production, chargé de développement : cette nouvelle licence « Pro », proposé à une trentaine d’étudiants (un groupe à Brest-Isffel de Saint-Pol-de-Léon et un autre à Paris-Montreuil) a pour but de former les futurs cadres des entreprises de la filière des métiers de la viande. Cette formation, qui sera dispensée sur un parcours de 18 mois, aboutira à la délivrance d’un certificat de qualification professionnelle de technicien boucher ainsi que d’un diplôme d’État en management.

Une montée en gamme, que souhaitait ardemment Jean-François Guihard, le président de la Confédération française de la boucherie. « Cette licence était une priorité pour les artisans bouchers car elle permettra de tirer le métier vers le haut. Certaines entreprises qui ont plusieurs points de vente ont besoin de managers. Cette montée en compétence devrait aussi faciliter la reprise de nos boucheries car elle rassurera les banquiers. »

Meilleure insertion

 

En plus de la formation technique qui prépare à l’activité de boucherie (désossage, piécage, ficelage)… la licence pro apporte de nombreuses connaissances complémentaires fournissant à l’étudiant les clés pour appréhender le métier ainsi que la filière viande dans sa globalité : ressources humaines, marketing, management, gestion comptable et financière, logistique, achats.

Pour Olivier Mével, maître de conférence à l’Université de Bretagne occidentale et responsable pédagogique de la licence professionnelle commerce et distribution, une formation tirée vers le haut signifie une meilleure employabilité. « L’université n’apportera non pas les compétences mais les connaissances qui permettront à l’étudiant de s’insérer plus facilement dans le monde professionnel. »

Pour les éleveurs, la nouvelle licence pro comble un manque en matière de communication au consommateur. « On cherche des ambassadeurs pour parler de nos produits aux consommateurs. À l’aspect technique, on souhaite ajouter un apport émotionnel et intellectuel », explique Thierry Duval, éleveur de vaches limousines dans le Morbihan et président d’Interbev Bretagne, l’interprofession à l’initiative de cette nouvelle formation.

La boucherie est un secteur porteur. En France, 4.000 postes sont à pourvoir par an. Mais le métier, réputé dur et exigeant, ne fait pas forcément rêver les jeunes. Il va falloir donc les convaincre d’autant qu’il nourrit plutôt correctement son homme (ou sa femme). « Un jeune qui sort du Cap gagne 1.500 euros brut à 18 ans. Et sur un poste à responsabilité cela monte très vite. Le titulaire d’une licence pro devrait démarrer autour de 2.000-2.500 euros brut », note Yvan Leray, directeur de l’IUT de Brest.

 

Ecole : www.isffel.fr

Source : © Le Télégramme

Jacques LAPORTE
PHOTOGRAPHIE

“ Photographe naturaliste et humaniste, passionné de flore, de faune, des hommes et de leurs traditions. ”

Site Internet
Facebook

Je tiens à remercier particulièrement  M Jacques LAPORTE pour l’accord et le partage de ses photos. Merci

La tue-cochon

Voilà des clichés du siècle dernier, désolé pour les âmes sensible mais c’était une pratique courante dans nos campagnes il n’y a pas si longtemps, de plus en plus difficile a photographier car les normes d’hygiène et les nouvelles générations qui s’expatrient en ville font qu’il n’y a plus de nécessité a élever le cochon fermier.

Les photos ont été prises dans les fermes de chez: Couly à Coustou-Montesquieu, Deconne à Talpas-Brassac, Cassé La Boutelière-Fauroux, Renée Bagelet La Buissonne, Mr Sabatié Le Touron.
Le visuel se fait dans le désordre..

Et si l’agriculture et la boucherie étaient plus qu’un métier…

Interview de Renée Bagelet par Cristòl Larrocan professeur des écoles spécialiste d’occitan.

Avec l’appui technique pour le son de Benjamin Brousse et Benjamin Laporte.

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SEULEMENT D’UNE PROFESSION.

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9 LES COUPS DANS LE COEUR

Devant faire face à des difficultés d’économies d’échelle, et des normes strictes, l’agriculture française doit se renouveler si elle ne veut pas poursuivre son déclin. Pour Pierre André Buigues, professeur à Toulouse Business School et ancien conseiller économique à la Commission européenne, deux scénarios s’offrent désormais aux agriculteurs.

(Crédits : Capture d'écran / Forum Air Paris) (Crédits : DR)

En dépit des aides publiques importantes dont bénéficie la filière viande française, elle perd pieds face aux autres pays européens de la PAC qui sont aussi pour la plupart sont dans l’euro. C’est le marché européen qui explique l’essentiel de la dégradation des positions françaises, pas la mondialisation, le coupable habituel. En 10 ans entre 2002 et 2012, la part de marché mondiale de la filière viande française est passée de 8 % en 2002 à 5 % en 2012, 3 points de moins alors que l’Allemagne gagnait des parts de marché. Sur une même période de 10 ans la France a vu sa part de marché dans l’aéronautique mondiale augmenter de 8 points.

Dans toutes les filière, volaille, porc ou bovin, l’élevage français est en difficulté par rapport à ses concurrents européens. En 2009, l’Allemagne et les Pays-Bas exportaient deux fois plus de viande que la France (6,1 milliards d’euros contre 3) et même les exportations danoises dépassaient celles de la France.

Compétitivité

Quelles sont les principales raisons de ce déclin ? Comment expliquer cette forte dégradation du commerce de la viande française ? Nous retiendrons ici deux des principales causes de ce déclin. Une taille des exploitations inférieure à celles des concurrents européens d’où des économies d’échelle insuffisantes et des coûts de main d’œuvre supérieurs.

Lire aussi : Crise agricole: l’Ain propose une aide de 2 millions d’euros

La France a toujours soutenu l’agriculture familiale mais les marchés internationaux de la viande sont surtout des marchés de volume où le prix est le critère déterminant. Contrairement au marché domestique français où la qualité mesurée par des labels (label rouge, fermier) constitue un avantage compétitif, à l’international le prix est déterminant. Alors que l’Allemagne se positionne sur des produits bon marché et standardisés et a une image « industrielle » pour les produits carnés, la France a une image « gastronome » de produits chers. Malheureusement, à ce stade de développement du marché international de la viande dont la croissance est portée par les marchés émergents, il y a peu d’intérêt pour la qualité. Le coût est donc la variable stratégique du succès sur les marchés internationaux.

Economies d’échelle

Or, les économies d’échelle sont déterminantes pour une forte productivité de la filière viande. Le procès fait en France à la seule ferme des mille vaches qui est ultramoderne avec une installation géante qui transforme la bouse en énergie montre que l’opinion française est hostile à l’industrialisation de l’élevage. Il y aurait en Allemagne, plus de 200 unités qui dépassent le millier de têtes.

Avec une taille d’exploitation qui ne permet pas d’économie d’échelle et avec des coûts de main d’œuvre supérieur à certains de ses concurrents européens, l’élevage français est en difficulté. Le coût de la main-d’œuvre est un poste de dépenses important.

Normes

Autre raison qui explique ce déclin, une avalanche de normes coûteuses et une surrèglementation par rapport aux normes européennes. Les réglementations environnementales sont absolument nécessaires mais la complexité des normes et leur changement trop fréquent constituent un facteur incontestable des difficultés économiques de la filière viande française.

Quelquefois incompréhensible pour de petits éleveurs, ces normes impliquent une charge administrative très lourde. Un rapport du Sénat chiffre, en moyenne à 15 heures par semaine le travail de bureau de l’agriculteur.

Par ailleurs, comme le souligne le rapport du Sénat, les seuils retenus pour la nomenclature des installations classées en élevage sont plus bas chez nous que les seuils européens et quelquefois les textes européens ne prévoient pas de seuil, contrairement à la France.

Quel avenir pour l’élevage français ?

L’Europe agricole n’est plus seulement un espace régulé par la PAC mais un espace de concurrence par les prix et la compétitivité. L’élevage français n’a plus le choix, deux options existent.

Dans le premier cas, celle du développement d’un élevage orienté vers la qualité, il lui faut trouver des débouchés pour une production haut de gamme avec des labels forts à l’exportation qui permettent à de petites exploitations faisant le choix de la qualité de survivre avec des prix élevés. On peut être sceptique sur ce scénario à court terme, étant donné la nature de la demande mondiale mais à moyen terme, ce scénario « haut de gamme » peut sauver l’élevage français. Le modèle est celui des fromages français où la France est spécialisée dans les produits d’origine protégé alors que les concurrents sont plutôt positionnés sur des fromages d’entrée de gamme. Ces AOP françaises ont des prix deux fois supérieurs aux concurrents. Ce scénario suppose une organisation de la filière avec des efforts considérables dans le marketing et les réseaux de distribution à l’international.

Dans le second cas, celle du développement d’un élevage intensif à bas coût. L’avenir passe par des restructurations lourdes avec une consolidation du secteur, le dépôt de bilan de très nombreux élevages et l’acceptation d’un élevage intensif. Les fermes de mille vaches doivent être encouragées avec un couplage en production d’énergie verte. Des investissements massifs sont nécessaires pour des installations ultra modernes automatisées.

En dehors de ces deux scénarios, si les tendances à l’œuvre se poursuivent, le scénario le plus probable est celui d’un déclin de l’élevage français dans le prolongement des quinze dernières années avec des faillites nombreuses quelle que soit la filière et une baisse des parts de marché à l’exportation.

Source

LA tribune

L 214 et le bien être animal…

Sont ils la pour le bien être animal ou pour une propagnade anti viande ?

Le vrai coupable n’est il pas l’industrialisation, la rentabilité, la perte des valeurs…

Les vidéos vont elles résoudre un problème, d’une profession déjà en difficulté financière ?

Rentabilité et respect des animaux sont-ils compatibles ?

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Légitimité, utilité de la consommation de viande ?

Au cours et en marge des travaux de la commission d’enquête parlementaire sur les abattoirs dont je suis le rapporteur, la question de la consommation de viande, sa légitimité, son utilité, ressurgit.

abattoir-viande

L’Homme : omnivore opportuniste libre de ses choix …

En l’abordant à mon tour, je voudrais d’abord rappeler le principe de la liberté de choix de chacun.

Pas d’obligation ni d’interdit, n’en déplaise à tous ceux qui veulent notre bonheur malgré nous, et dont toutes les croisades se sont historiquement terminées assez loin de l’éden promis. Liberté donc, de choisir et de conduire son alimentation à partir d’une situation commune à tous et qui nous a collectivement favorisés en nous permettant de nous adapter, de survivre et de nous développer : nous sommes des omnivores, plus ou moins opportunistes.

Le développement de nos modes de production nous permet aujourd’hui le choix. Ce choix est une forme de luxe qui est loin d’être planétaire. Les hommes, les femmes et leurs enfants qui doivent se nourrir en fonction de la nourriture disponible sont encore très nombreux dans le monde. Les régimes alimentaires de nécessité qu’ils sont contrains d’adopter comportent plus ou moins de protéines animales, selon leur mode de vie, nomade ou non, suivant le climat et leur capacité de production et de stockage.

… mais de plus en plus déconnecté de la production de sa nourriture

Nous, privilégiés, avons le choix, mais dans notre société développée, ceux qui choisissent un régime végétarien ne cultivent ni ne récoltent pas plus les plantes nécessaires à leur nourriture que ceux qui choisissent de consommer de la viande et des produits d’origine animale n’élèvent ou ne tuent eux-mêmes les animaux utilisés pour les nourrir.

Notons au passage que quel que soit le choix, les régimes alimentaires sont toujours variés,  et que si des régimes exclusivement végétariens existent, leur parallèle uniquement carné, lui n’existe pas (je mets à part les semaines d’entraînement de Rocky Balboa !), cette variété gardant trace de notre condition d’omnivore.

Donc dans notre société développée, où chacun est libre de son choix sans produire lui-même son alimentation, il convient de garantir à chacun qu’il exerce ce choix dans des conditions qui respectent les règles traduisant l’acceptabilité éthique et sociale des pratiques déléguées pour produire les aliments en question.

Cette acceptabilité est évolutive, elle a évoluée dans le passé et avec elle, les règles de production. Cela vaut pour toutes les productions, végétales et animales, les conditions  de culture, d’usage des sols, d’élevage, d’abattage, de mise en marché, de transformation et de conservation.

L’objet de la commission d’enquête sur les abattoirs est de mettre en lumière les conditions de respect des règles, l’adaptation des dites règles au contexte social et éthique d’aujourd’hui, le contrôle de leur application et les sanctions des manquements, puis de proposer des améliorations aux situations constatées.

En bref, l’objectif est de consolider les conditions du libre choix de consommer ou non de la viande en toute responsabilité malgré l’éloignement croissant du consommateur de la chaîne de production.

On pourrait tout aussi bien se poser les mêmes questions pour tous les aliments car aucun choix n’est ni neutre, ni anodin au regard de la population de notre petite planète !

 

De la question de la consommation de viande à la place de l’Homme dans la chaine alimentaire 

Venons-en au débat sur la consommation de viande.

On notera que le plus souvent, sans doute parce que c’est le choix dominant dans notre société, c’est le choix de consommer de la viande qui est questionné : est-ce indispensable, est-ce bon pour la santé, est-ce bon pour l’environnement, est-ce acceptable moralement…?

La réponse documentée à ces questions est toujours nuancée, suivant les conditions de production, les quantités, les qualités, l’âge du consommateur, …

Mais ce questionnement récurrent n’attend pas de réponse ni de nuance, il vise seulement à instaurer un jugement de valeur d’un des choix possibles, celui de consommer de la viande non, pas relativement à la quantité ou la manière de la produire, mais dans son principe même.

Pour le juste équilibre du propos, constatons que ceux qui mettent en cause le choix végétarien emploient des questionnements de même nature et dans le même but.

Pour les uns, la consommation de viande serait un choix hérité du passé, fruit de l’habitude et de l’ignorance, et ces questionnements n’ont d’autre but que de montrer l’autre voie, moderne, éclairée, éthique, celle du végétarisme.

Pour les autres, le végétarisme serait une aberration alimentaire, un danger sanitaire, fruit d’un dogmatisme aveugle et leurs questionnements visent à défendre une pratique aux vertus prouvées par l’histoire.

En fait, nous n’aurions que le choix entre, revendiquer une hégémonie humaine sans frein sur le règne animal, et la recherche de la mise à l’écart de l’homme de ce même règne animal. Comme si la simple conscience de notre place –originale sans doute à nos seuls yeux– au sein de ce règne animal nous posait un problème aussi grand que de l’assumer et d’en tenir compte.

Car enfin, si le choix personnel peut et doit demeurer libre, est-il interdit de s’interroger sur la pertinence d’un choix collectif de l’homme de changer sa place dans la chaîne alimentaire?

Dans cette chaîne, chaque maillon à son rôle pour valoriser au mieux l’énergie du soleil qui est la seule entrant dans notre système au profit de la biodiversité et grâce à elle, l’Homme y a sa place, même si l’effectif de l’espèce humaine pose des questions particulières.

Où sommes-nous dans cette chaîne?

Nous ne synthétisons pas par photosynthèse et à ce stade, nous pouvons mettre de côté notre caractère symbiotique lié à notre flore intestinale ou l’origine passionnante des mitochondries  qui fait de nous les lointains héritiers des  eucaryotes. Donc, nous consommons des végétaux, des animaux, des produits issus des uns ou des autres, pour notre nourriture ou notre équipement.

Mais pour en rester à la consommation de produits animaux, notons que nous avons une conscience collective claire de notre place, nous ne consommons généralement pas (à part quelques pratiques asiatiques) la viande des mammifères carnivores, non plus ne sommes coprophages ou charognards, toutes catégories utiles et souvent protégées.

Les animaux dont nous consommons la chair sont majoritairement des consommateurs de produits végétaux que nous ne saurions assimiler directement (cellulose), ou pour le porc, des omnivores comme nous, et leur durée de vie est aussi très généralement très inférieure à la nôtre. Traditionnellement, leur élevage permettait une valorisation des surplus qui ne pouvaient être conservés, ou des rebut de notre nourriture.

Omnivores, opportunistes, et inventifs, guidés par le besoin et le souci de notre sécurité, soucieux de valoriser les ressources et de sécuriser une alimentation diversifiée, voilà ce qu’il nous faut assumer et revendiquer.

Peu importe la cueillette ou la culture, la chasse ou l’élevage, c’est tout un, mais la consommation de produits animaux et donc de viande trouve sa place justifiée dans la recherche d’une optimisation des ressources.

Il est en effet plus performant, au plan thermodynamique, de permettre à la matière organisée par un être vivant de participer à un cycle supplémentaire au profit d’un autre plutôt que de se désorganiser directement pour rentrer dans le cycle de la matière à un niveau d’entropie plus élevé.

Plus une chaîne alimentaire comporte d’étapes, plus elle est stable face aux aléas. Chaque niveau alimentaire régule et se trouve régulé par ceux dont il dépend, ainsi les omnivores que nous sommes occupent une place essentielle dans cette régulation multifactorielle.

Hier cette place nous a permis de résister aux aléas, de nous développer en tant qu’espèce, aujourd’hui, nous avons une responsabilité particulière pour utiliser cette plasticité de notre système alimentaire pour optimiser notre rôle à l’égard d’un écosystème que nous ne pouvons plus ni exploiter aveuglement, ni contempler passivement, car la passivité de l’homme aujourd’hui ne serait pas neutre vu l’importance de son influence.

Nous ne pouvons plus « respecter » un équilibre rêvé, nous devons construire l’équilibre de chaque jour, et pour ce faire, conserver la pleine capacité de nous nourrir de façon diversifiée nous permet une régulation plus fine des cycles dont nous sommes acteurs.

Prélever des protéines animales sauvages peut permettre d’éviter des déséquilibres faune/flore préjudiciables à la biodiversité, ou tout au moins d’éviter qu’ils se résolvent par des crises, sanitaires par exemple. L’objection d’une régulation possible par des prédateurs autres que l »homme est classique, mais elle omet de prendre en compte que le niveau d’équilibre des populations des prédateurs comme des proies seraient quantitativement insoutenable pour la société humaine en général, et pour sauvegarder une production agricole susceptible de nourrir les végétariens les plus strictes.

L’élevage trouve à partir de là toute sa place pour offrir un échelon de régulation supplémentaire, évitant, là encore, des régulations trop brutales pour nos sociétés, il permet de conserver un régime alimentaire comportant des produits animaux sans dépendre trop directement des populations sauvages.

Il permet aussi de lisser les variations de production végétale, valorisant les surplus et pouvant s’adapter aux pénuries, à condition que l’homme consomme les produits de l’élevage, bien-sûr.

 

Revendiquer un consommation responsable dans un système de production durable

Prédation, élevage, cueillette, culture, sont des outils de gestion, de responsabilité humaine pour préserver les équilibres indispensables à la vie de nos sociétés. Se priver collectivement d’un de ces outils, est dangereux car demain, le changement climatique nous demandera force adaptation.

Donc si le choix alimentaire de chacun doit être libre, nous devons assumer collectivement l’utilité de notre capacité à consommer les produits les plus variés, dont la viande et les autres produits animaux.

Évidemment, cela ne signifie nullement que les conditions de production actuelles soient optimales, nous devons encore faire des efforts pour pouvoir continuer de prélever à notre bénéfice les bienfaits d’une chaîne de construction du vivant dont nous faisons partie.

Un autre devoir nous échoit, celui de ne rien perdre de ce que nous prélevons.

Directement pour notre consommation, notre usage, grâce à un élevage qui devient dans ce but notre auxiliaire, utilisons tout, notamment de l’animal que nous élevons et tuons à notre profit.

Ne considérons pas les produits de la nature, et en particulier les produits animaux comme des dus, des banalités dont la seule vertu serait le prix réduit. Les produits animaux doivent être considérés à leur juste prix, grâce à la réduction de l’irresponsabilité des consommateurs qui s’éloignent de la production de leurs aliments.

Accepter un digne prix pour les produits de la culture et de l’élevage qui nous nourrit, accepter notre condition modeste et respectueuse au sein de la chaîne alimentaire sont sans doute les conditions pour que les modes de production évoluent vers une plus grande durabilité et pour que les producteurs qui nous servent soient l’objet du respect qu’on leur doit.

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