Abattoir en france

Abattoir en france

Trop concentrés, multi-espèces : pourquoi les abattoirs français sont critiqués

VIDÉO/INFOGRAPHIES – La série de vidéos diffusées par une association a remis sur le devant de la scène la question des conditions d’abattage des animaux. Professionnels et spécialistes du secteur pointent les problèmes liés à l’organisation actuelle de l’industrie de l’abattage. Le point sur les établissements français et leur production.

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 AlèsLe Vigan, Mauléon-Licharre: il y a un an, ces trois communes étaient peu connues. Mais depuis que l’association de protection animale L214 a diffusé des vidéos prises dans les abattoirs qui s’y trouvent, elles sont devenues le symbole des dérives au sein de ces établissements. Utilisation maladroite des outils, matériel qui fonctionne mal, gestes violents ou même cruauté: la liste des manquements aux règles sanitaires et de respect du bien-être animal est longue.

Au-delà des images choc, professionnels et experts le rappellent: ces actes sont le fait de personnes, et tous les employés des abattoirs ne doivent pas être associés à ce type de pratiques. Pour autant, une critique de plus en plus forte vise le fonctionnement même de l’industrie d’abattage en France, dont certaines caractéristiques auraient tendance à engendrer ces dérives.

De moins en moins de petits abattoirs

Premier problème avancée: la taille des établissements. La France compte 258 abattoirs de boucherie (bovins, porcins, ovins/caprins). Un nombre en constante diminution depuis le début des années 2000, période à laquelle le pays totalisait entre 300 et 350 établissements. Entre 2002 et 2010, 125 abattoirs ont été fermés, pour des raisons économiques ou sanitaires. Pour autant, ces fermetures n’ont eu qu’un très faible impact sur la production: elles ne représentaient que 1,5% des viandes de boucherie abattues en France.

Ce chiffre illustre clairement la tendance à la concentration des abattages dans de grandes infrastructures. Ainsi en 2008 (les derniers chiffres de production détaillés auxquels Le Figaro a pu avoir accès), la moitié (50,4%) des 3,6 millions de tonnes de viandes produites l’ont été par la vingtaine d’établissements produisant le plus. Tous affichent une production supérieure à 50.000 tonnes équivalent carcasse (tec) et à 500.000 têtes.

Cette concentration est également géographique: en 2014, selon les chiffres de l’Insee, 40% des abattages d’animaux de bétail (en tonnes) ont eu lieu en Bretagne, qui compte une trentaine d’établissements. Les abattoirs bretons réalisent 4/5e des abattages porcins. Plus globalement, le Grand Ouest concentre 70 % des abattages nationaux porcins et 46% des abattages nationaux bovins.

Une spécialisation insuffisante

La taille des établissements n’est pas forcément le critère le plus déterminant. Frédéric Freund, directeur de l’Oeuvre d’assistance aux animaux d’abattoirs (OABA), association qui milite pour le respect du bien-être des animaux dans les abattoirs et travaille avec le ministère, expliquait en octobre au Figaro que la spécialisation des abattoirs, plus que leur taille, pouvait constituer une garantie supplémentaire. «On constate qu’il y a davantage de problèmes sur les abattoirs multi-espèces», détaillait-il. Se concentrer sur un type d’animal permet de garantir une meilleure formation et des outils adaptés.

D’après la liste des abattoirs d’animaux de boucherie établie par le ministère de l’Agriculture, un tiers de ces abattoirs ne traitent qu’une seule espèce d’animaux, et une dizaine d’abattoirs associent caprins/ovins et chevraux (des espèces proches). Un rapport du ministère de l’Agriculture soulignait, en 2011, une «spécialisation croissante des abattoirs, notamment en porc».

En Bretagne, la problématique existe également malgré une industrie porcine particulièrement développée. La moitié des abattoirs sont spécialisées, mais certaines structures affichant une production élevée mêlent plusieurs espèces différentes.

Une production industrielle

«Il est plus qu’urgent de revenir à un modèle de consommation raisonnée car c’est l’industrialisation de la viande qui entraîne de fait ces dérives.» La phrase pourrait sembler tirée d’un argumentaire écologiste. Elle émane en réalité de la Confédération française de la boucherie. Après la diffusion de la vidéo de L214 montrant des actes de cruauté au Vigan, cet organisme représentatif des bouchers a dénoncé «l’industrialisation de la viande qui entraîne de fait ces dérives». La fédération estime urgent que le consommateur «prenne conscience que le modèle productiviste est dépassé et que la viande n’est pas un produit comme un autre».

Une obligation de rendement également dénoncée par les associations de défense des animaux. «À Alès et au Vigan, le matériel était récent. L’abattoir du Vigan avait été récemment réaménagé. On est sur des cas de comportements voyous, liés à un manque de vérification mais aussi à une pression mise sur la production», analyse Jean-Pierre Kieffer, président de l’OABA.

La consommation de viande reste élevée en France, malgré une baisse pendant plusieurs années. Elle a d’ailleurs augmenté en 2014, avec 5,693 millions de tec en 2014 soit une hausse de 1,6 % par rapport à 2013. À l’échelle individuelle, ce sont 86,3 kg consommé par personne. C’est moins qu’en Espagne ou au Portugal, où on consomme plus de 90 kg par habitant, mais d’un niveau similaire à celui du Royame-Uni, de l’Allemagne, Autriche, de l’Autriche ou de l’Irlande, où la consommation individuelle varie de 80 à 90 kg par habitant.

En quantité d’animaux abattus, la France se situe en haut du classement avec l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie, poursuivant une «industrialisation» dénoncée par la Confédération française de la boucherie.

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Ces aspects économiques et logistiques ne sont pas la seule explication aux dérives constatées. Les professionnels demandent des contrôles plus stricts, tandis que les associations appellent à augmenter le nombre de vétérinaires présents et améliorer la transparence, en plus de privilégier certains types d’abattoirs, de taille plus petite et spécialisés.

Ces problématiques ont été abordées, mardi, à l’occasion d’une réunion exceptionnelle sur le bien-être animal convoquée par le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll. Ce dernier a notamment annoncé mardi son intention d’inscrire dans la loi un délit permettant de sanctionner les directeurs d’abattoirs en cas de mauvais traitements infligés aux animaux ainsi qu’un statut protégeant les salariés qui dénonceraient de pareils agissements. Parmi la vingtaine de mesures prévues dans ce plan pour le bien-être animal, figure aussi le déblocage d’une enveloppe de 4,3 millions d’euros pour financer un projet visant à sélectionner les poussins en fonction du sexe, dès l’embryon, pour éviter les abattages massifs de mâles.